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Il faut qu’on parle de Kevin – Lionel Shriver

Ne vous fiez pas à la tristesse de la couverture
A l’entame de ce billet, je me rend compte que je manque de vocabulaire pour qualifier ce bouquin. Excellent? Pas seulement. Dur? Difficile? Dérangeant? Palpitant? Je pense que mon choix va se porter sur l’ambivalent “terrible”.
On connait d’emblée la fin de l’histoire. Eva écrit à son mari dont elle est séparée pour lui faire part de ses état d’âme depuis que leur fils de 16 ans a tué 10 de ses condisciples à l’école. Le choix de la correspondance à sens unique (seule Eva y participe) développe une dimension excessivement intime à ses propos qui accentue l’horreur de ses révélations mais il brise aussi nombre de tabous en décriavnt le désarroi d’une mère confrontée à un enfant qu’elle pressent foncièrement malfaisant. On ne peut réduire ce livre à une complainte d’une maman terrifiée par sa progéniture ni à l’accomplissement d’un gamin mauvais. Shriver décrit fort bien une société américaine en décalage avec le reste du monde. Un pays en perte de repère dont sa jeunesse peine à briser le rideau de superficialité pour donner un sens à sa vie.
Je dois dire que, bien qu’emballé par l’écriture de Shriver dès les premières lignes, j’éprouvais un malaise presque physique à lire les lettre d’Eva. Principalement dans la première partie du bouquin où je n’avais pas encore pris toute la mesure du drame vécu par les parents de Kevin. Chaque lettre d’Eva était une épreuve que j’avais peur d’entamer mais dont je ne pouvais me soustraire. Les malheurs d’Eva me revenaient sans cesse dans mon quotidien. On ne peut s’empêcher de s’identifier à elle et de se demander ce qu’on aurait fait à sa place. Dans ma jeunesse, je dévorais les livres de Stephen King, Peter Straub ou Dean Koontz. J’en aimais le style délié et leur approche du mal que je jugeais moins caricaturale que les “mauvais” qui hantaient les films d’action de l’époque (ça doit encore être le cas). Shriver donne une vraie dimension littéraire au mal. Kevin est un damné qui ne croit en rien, n’espère rien, ne veut rien. Il est le mal. Mais ce n’est pas de là que provient le malaise. Le pire est dans la solitude de sa mère (dont nous partageons l’intimité) qui est la seule a deviner la profondeur malfaisante de son fils. Ce n’est pas un livre d’horreur, c’est une histoire horrible. C’est superbement écrit (Shriver entre dans mon panthéon personnel) et c’est un roman auquel il est difficile de rester indifférent.
Ne vous laissez pas rebuter par la noirceur de mes propos. “Il faut qu’on parle de Kevin” est un livre essentiel qui donne un éclairage nouveau sur le fait d’être parent, sur la société moderne et sur le déni culturel envers le mal inné.
Voici, pour quelques euros, la preuve qu’un livre est plus qu’un divertissment. Voici le genre de bouquin qui donne un sens à ce blog que j’ai entamé pour partager mes coups de coeurs et mes coups de gueule. Voici une évidence. Une vraie baffe que je recommande à tous ceux qui n’attendent pas famille (ça pourrait plomber l’ambiance
)
Add comment 22 décembre 2009
Impulse – Un inconnu m’a offert un (bon) livre
C’est avec plaisir que j’ai participé à l’opération ‘Un inconnu vous offre un livre’ organisée par Lhisbei de RSF Blog. L’idée est simple et géniale: en vous inscrivant, vous recevez les coordonnées de la personne à qui envoyer le livre. Celui qui reçoit n’est pas celui vous envoie, ce qui génère une chaîne d’attentions assez agréable.
J’ai pour ma part reçu un livre fort engageant de David de http://saintpierredescorps-cestouca.blogspot.com/. Très bonne pioche David: j’aime la SF, je n’ai pas encore lu Anansi Boys (cela ne saurait tarder). Un très grand merci. La Touraine semble fort accueillante
4 comments 19 décembre 2009
Les insomniaques – Camille de Villeneuve
C’est la deuxième fois que je participe à l’initiative Masse Critique organisée par Babelio. La première fois m’avait laissé légèrement perplexe et j’avoue que j’ai hésité avant de me relancer dans l’aventure. Pour rappel, Masse Critique propose gratuitement un exemplaire d’un livre récent à la condition unique d’en publier une critique sur son blog et sur Babelio. Du gagnant-gagnant tant que le livre n’est pas trop pénible à finir. J’écris ça parce que la liste d’ouvrages proposés pour cette édition m’inspirait très peu. Les insomniaques étaient un choix par défaut et je me suis mordu les doigts en le recevant en pensant avoir commis une grosse erreur en m’engageant à lire un livre que je n’aurais probablement jamais acheté. Un livre français décrivant la France de l’après-guerre par le prisme d’une famille de nobliaux sur le déclin. Pas de quoi m’enthousiasmer. Ajoutez à cela une auteure d’à peine 28 ans, une couverture triste à mourir, …. Ces 600 pages risquaient de me paraître encore plus longue que les 900 des trois mousquetaires.
Et pourtant, j’ai lu ce bouquin d’une traite. Ma première impression fût renforcée par les cinquantes premières pages. Je ne m’y retrouvais pas dans cette galerie de marquis, de serviteurs et de chevaux (un arbre généalogique placé en début de livre aurait pu m’aider mais j’avais passé les premières pages pour entamer le roman directement). Ces premières impressions passées, je me suis habitué au style à la fois léger et pesant de Camille de Villeneuve (tiens! une particule). Léger parce qu’elle use du pointillisme pour dresser son tableau et pesant car elle alourdit ses phrases de qualificatifs qui alourdissent son texte. Ce choix stylistique s’avère loin d’être irritant car il instille un rythme presque musical qui illustre très bien le caractère empesé et paradoxalement vulgaire de ses personnages. Par petites touches, elle saute d’un de ses personnages à l’autre pour illustrer la tragédie d’une famille trop sûre de sa supériorité qui subit les outrages du temps et de l’évolution des moeurs comme un fleuve grignote inexorablement ses rives les plus friables.
Résumer les insomniaques à une n-ième variation sur les sagas familiales ou à un succédané de Rougon-Macquart ne serait pas rendre justice à Camille de Villeneuve. Elle fait preuve d’une étonnante maturité dans le développement de son intrigue. Très lentement, mais avec une vue claire sur le cap qu’elle s’est fixé, elle aborde les thèmes habituels de la famille mais c’est habilement qu’elle prend appuis sur les moments marquants de la France d’après guerre pour accèlerer brutalement le rythme de son récit.
Un belle surprise et une belle réussite.
Add comment 5 décembre 2009
Les trois mousquetaires – Alexandre Dumas
Ouf ! Terminé. Cela fait près d’un mois que je me traîne cette brique de 900 pages.
D’Artagnan est un personnage qui fait partie de la culture populaire. Tout le monde connaît Athos, Porthos et Aramis. Ou croient les connaître. En effet, j’ai découvert des personnages fort éloignés de l’image de héros un peu datés, pétris d’honneur, de bravoure et de bons sentiments. En réalité, j’ai trouvé des soudards à la morale légère dotés d’un sens de l’honneur idiot qui s’apparente plus à un code maffieux qu’à de la distinction. En lisant, je me suis souvent demandé comment des personnages aussi peu recommandables étaient devenus des modèles pour des tas de gamins en mal d’aventure. Drôles de modèles.
La vérité est que si je ne l’ai réellement adoré, le livre m’a souvent intéressé. D’abord pour la modernité incontestable du récit si on met de côté l’aspect « capes et épées » qui n’est plus très en vogue depuis une bonne trentaine d’année. Ensuite, les multiples rebondissements et les intrigues parallèles sont dignes d’une série TV actuelle. Les ressorts de l’intrigue n’ont pas beaucoup changés depuisle 19ème siècle (le roman a été publié sous forme de feuilletons en 1844). Ce qui a changé serait plutôt le professionnalisme des éditeurs (de nombreuses incohérences du récit rendent la lecture parfois déstabilisante)
Il me faudra sans doute plusieurs semaines avant que je ne sache si j’ai apprécié ou pas. J’ai l’impression de ne pas avoir (trop) perdu mon temps mais je n’éprouve aucune envie de prolonger l’expérience avec les deux autres volets de la trilogie des mousquetaires. En dépit de l’intérêt que représente le décalage avec le roman moderne, c’est assez long, bâclé (personne ne relisais Dumas ?) et l’intrigue est à ce point entrée dans la culture populaire que les pages sont parfois lourdes à tourner.
1 comment 23 novembre 2009
Rendez-vous avec Rama – Arthur C. Clarke
Je lis assez peu de Science-Fiction. A l’instar du polar qui permet de soulever de graves questions par le biais d’une intrigue dont les codes sont attendus par le lecteur, la SF et ses dérogations aux contraintes de la physique et de la technologie actuelle devrait permettre aux romanciers une multitude de thèmes à explorer. Comme c’est un genre que je connais à peine (et principalement grâce au cinéma), je ne lis pratiquement que ce qui est consacré comme des ‘valeurs sûres’ par les amateurs. C’est ainsi que j’ai pu découvrir le monde de Dune, la quête d’Hypérion, les interrogations du Spin, voire, il y a très longtemps le monde du non-A qui m’a laissé un souvenir perplexe. Ces lectures m’ont souvent fascinées par leur univers mais presqu’aussi souvent irritées pour la médiocre qualité de leur écriture. Rendez-vous avec Rama ne fait pas exception à la règle. J’oserais même écrire qu’il illustre parfaitement le constat.
Pour bien comprendre la composante technologique du livre, il convient de resituer l’époque où il a été écrit. C’est-à-dire en 1973, au moment où le programme Apollo touchait à sa fin et que les expéditions vers la Lune devenaient banales. Rama a reçu un excellent accueil et s’est vu attribuer de nombreux prix littéraires lors de sa sortie qui l’ont quasi instantanément propulsés au rang de classique de la littérature SF. L’intrigue n’est pas banale même si elle tourne autour d’un thème récurrent (un objet inconnu à la finalité incertaine). Au début du 22ème siècle, le système solaire a été colonisé par l’homme et, pour se protéger des astéroïdes, un système de surveillance de l’espace a été mis en place. C’est ainsi qu’un objet parfaitement cylindrique d’une taille gigantesque (50 km de longueur et 16 km de diamètre – on ne peut tenir rigueur à Clarke de son manque de précision) est détecté. Une expédition est rapidement montée pour aller l’explorer l’objet baptisé Rama. L’aspect franchement génial du bouquin est la cohérence de l’univers imaginé par l’auteur. A l’intérieur du cylindre est enfermé un monde mort mais disposant d’une gravité due à la rotation du cylindre. Imaginez un monde où vous marcheriez à l’intérieur d’un cylindre au lieu de l’extérieur d’une sphère (une planète). Tout est chamboulé et toutes les conséquences de ce changement de références géométriques est abordé avec une rigueur presque mathématique.
Cela dit, j’ai vraiment trainé ce bouquin comme un boulet. Si l’imagination d’Arthur C. Clarke ne peut être remise en question, son style est réellement poussif et son intrigue parait plus artificielle que l’objet qu’il décrit à longueur de page. Il y a plus de chaleur humaine dans un article du Monde sur les quotas de pêche que dans tout ce livre. Si on connait précisément les dimensions de Rama, les personnages n’ont même pas l’épaisseur d’une feuille de cigarette.
En ce qui concerne le style, voici un court extrait qui m’a laissé perplexe. Il s’agit d’un paragraphe et il ne fait pas plus sens dans le contexte global du récit. C’est pour moi grammaticalement incompréhensible (j’ai conservé les italiques). Je mets quiconque au défi de m’expliquer la partie soulignée (p. 246):
Il ne restait qu’une seule solution. Chaque atome, jusqu’au dernier, de l’Endeavour, devait être sous l’emrpise d’une quelconque force, et seul un très puissant champ gravitationnel pouvait produire un tel effet. Du moins, aucun autre champ connu…
Rama bousculera votre imagination en vous ennuyant. Un exploit paradoxal.
Add comment 26 octobre 2009
La souris bleue – Kate Atkinson
Une belle surprise. Je m’attendais à un roman assez contemplatif. Un peu larmoyant pour tout dire. Je n’arrive plus à me rappeler d’où me venait cet a priori mais ce qui est certain, c’est que je n’ai acheté La souris bleue que sur la recommandation du système de suggestion d’Amazon. Il y a quelque chose de vaguement inquiétant dans le fait d’apprécier un livre qui vous a été recommandé par un robot.
Bref.
Le roman traite de plusieurs disparitions dont certaines remontent à plusieurs dizaines d’années sur lesquelles un détective privé (évidement) désabusé amateur de musique country chargé d’enquêter. Sur une trame narrative de forme fort classique, Kate Atkinson construit un roman qui n’a absolument rien d’un polar. Elle suit une ligne du temps complètement désarticulée qui gagne en chaos au fur et à mesure que l’intrigue se développe. Avec sensibilité, l’auteure prend soin de s’éclipser derrière ses personnages qui se révèlent légèrement azimutés mais attachants. Le mélange des genres permet une fluidité au récit qui aurait été difficile à créer sur des thèmes aussi difficiles que la disparition, le deuil, l’amour familial et la difficulté de voir ses enfants grandir.
Le style d’Atkinson est très clair et, si les ellipses dont elle use sont parfois déstabilisantes, elles rendent plus nerveux le rythme du roman. Le fait d’utiliser comme personnage pivot de son roman un détective privé dont les enquêtes se révèlent secondaires chahute agréablement les repères du lecteur. Le regard aiguisé qu’elle porte sur notre société navigue entre l’incompréhension et une légère mélancolie.
Je n’avais jamais entendu parler d’Atkinson auparavant mais je compte bien creuser le reste de son œuvre pour garnir ma bibliothèque.
Add comment 13 octobre 2009
La maison du bout du monde – Michael Cunningham
C’est drôle comme un livre peut vous enchanter; son style vous émerveiller; son histoire vous surprendre. Lorsque j’ai la chance de tomber sur une pépite ou juste un très bon roman, je suis impatient de partager ma découverte avec mes lecteurs. Lorsque j’ai détesté, je me défoule en espérant que ma hargne en détournera l’un ou l’autre qui mettra à profit le temps gagné pour lire un textes plus excitant.
Pas celui-ci. Une ombre est passée au dessus de mon enthousiasme. Il paraît que La maison du bout du monde a fait un tabac dans tous les pays où il fût traduit. Tant mieux pour l’auteur. Je suis sincèrement heureux pour lui. On sent qu’il le mérite. On éprouve le labeur qu’il a mis dans son ouvrage. Michael Cunningham est probablement un type qui était premier de classe. Un gars qui bossait bien tard pour remettre la copie la plus aboutie. Un bosseur. Pas un génie.
Tout est très bien dans ce livre. C’est très bien écrit. Il y a une belle réflexion sur la nostalgie et la difficulté de communiquer dans une famille. Un beau point de vue aussi sur le fait que quelque soit son mode de vie, on aspire à une certaine forme de banalité. C’est aussi un livre sans relief, sans âme véritable. Sans étincelle.
C’est un roman choral où chaque chapitre est écrit du point de vue subjectif de l’un ou l’autre des personnages principaux de l’intrigue. Il y a la mère de famille névrosée, délaissée et froide. Il y a son fils, ténébreux et légèrement misanthrope. Il y a son ami, qui comme lui, est issu d’une ambiance familiale glauque et pesante. Au fur et à mesure, des trips musicaux et de drogues, au fil des expériences sexuelles qui dépassent le touche-pipi (les gamins se sont connus à 11 ans), des liens ambigus se tissent et se défont lorsque l’un deux part vivre à New York.
J’arrête ici la litanie des étapes qui mènent les deux amis de déboires sexuels, familiaux et sociaux à une aspiration de vie rangée. C’est comme si l’auteur pensait pouvoir combler son manque d’inspiration par la marginalité mal acceptée de ses personnages. Je me suis surpris à plusieurs reprises à revenir lire le titre du chapitre qui annonçait le nom du personnage qui s’exprimerait dans le passage qui suivait. Pour être sûr de bien suivre. J’en avais besoin car le ton, les expressions, la verve et les réflexions étaient étrangement monotone. Que ce soit la mère délaissée, le jeune homo bobo, la femme excentrique qui se voit vieillir, … tous s’expriment et pensent de la même manière. C’est lassant. Bien écrit mais lassant.
Il m’a fallu une bonne semaine pour venir à bout de ce bouquin. Il n’était pas mauvais mais la chimie n’a jamais pris. Il m’a juste paru terne et laborieux.
1 comment 2 octobre 2009
Les identités meurtrières – Amin Maalouf
Lorsqu’on m’en a parlé pour la première fois, c’était accompagné d’une mine ébahie: “Tu ne connais pas? C’est pourtant la base de tout!” Si je trouve le propos légèrement excessif, je ne peux m’empêcher de penser qu’il s’agit effectivement d’une lecture fondamentale au sens où elle devrait être encouragée dès le plus jeune âge. C’est d’un style très abordable et, même si Maalouf prêchait un convaincu, j’y ai trouvé des angles d’analyses auxquels je n’avais jamais songé.
A mes yeux, la seule faiblesse de ce livre est qu’il n’en est pas un. C’est purement subjectif mais, pour moi, un bon livre est toujours un roman. Sinon, c’est un manuel ou une référence. Je sais que c’est idiot mais je n’arrive pas à considérer un texte purement factuel (telle qu’une biographie par exemple) comme un ‘vrai’ livre. Les identités meurtrières n’est même pas un essai; c’est un discours vibrant et érudit couché sur papier. L’ approche de Maalouf, toute en nuances, s’enrichit de son histoire personnelle et sa vaste culture pour appuyer son propos. C’est brillant et convaincant (même pour un convaincu). Il renverse régulièrement les prismes à travers lesquels les médias traitent l’information. Il pose l’axiome (qui me parait toutefois un peu limite) que l’identité d’un individu est composées d’une multitudes d’identités (tels que la langue, la culture, la religion, la couleur de peau, les préférences sexuelles, …) dont la conjonction fait un individu unique. Selon lui, si l’une de ces identités est mise en péril, elle prend le pas sur l’identité globale. Pour caricaturer, un noir homosexuel flamand mettra en avant l’une ou l’autre de ses identités selon qu’il vit en Alabama, à New York ou à Oostende.
Parmi les questions qui poussent à revoir sa vision du monde et de l’Histoire, nous avons:
- Est-ce la religion qui influe sur une civilisation ou une civilisation qui influe sur la religion?
- La chrétienté se serait-elle développée si elle n’avait pu s’appuyer sur le droit romain et et sur la culture grecque?
- Le marxisme aurait-il été différent s’il ne s’était développé en Russie?
Un point particulièrement intéressant est soulevé par Maalouf concernant la domination culturelle de la civilisation occidentale sur les autres civilisations. D’après Maalouf, l’accélération de la prédominance culturelle de l’occident date de la campagne d’Egypte de Napoléon en 1799. Depuis lors, que ce soit d’un point de vue politique, scientifique ou culturel, toutes les grandes évolutions (elles ne sont pas toutes positives mais elles sont toutes marquantes: cela va du nazisme à la conquête de l’espace, de l’informatique à la bombe atomique) ont pris corps en Occident. Jusqu’alors, les différentes civilisations évoluaient d’une manière asynchrone mais globalement au même rythme. La Chine, l’Inde, l’Orient, les Aztèques ont tous un moment ou l’autre été un moment ou l’autre en avance. Mais l’accélération fulgurante que connaît l’Occident depuis trois siècles n’a aucun précédent historique. Cela joue sur les autres civilisations qui doivent renoncer à une partie de leur identité pour suivre le mouvement. Un mouvement depuis trop à sens unique longtemps qui génère des frustrations. Maalouf illustre intelligemment cette dernière idée en parlant des Français qui s’insurgent contre l’envahissement des anglicismes et des fast food. Toute culture vit mal d’avoir le sentiment d’être dominée par une autre.
Les nombreuses citations que j’ai pu extraire de ce livre démontrent à quel point il m’a impressionné malgré la naïveté parfois pesante du propos de Maalouf. On ne peut que rester admiratif devant son analyse et sa vision (Les identités meurtrières ont été écrites avant les attentats de New York, l’élection d’Obama qui s’est élevé au dessus de son identité raciale pour être élu). En tant que Belge, j’avoue que j’aimerais que ce bouquin soit un préalable avant de débuter les négociations communautaires qui s’annonce.
1 comment 12 septembre 2009
Les yeux jaunes des crocodiles – Katherine Pancol

Un livre de (pour?) femmes
J’ai toujours cru que les femmes étaient des personnes compliquées. Lorsque, devant sa garde-robes pleine à craquer, ma femme se plaint qu’elle n’a plus rien à se mettre, quand elle pleure devant un film, quand elle rit parce qu’elle est nerveuse, je me tourne vers mon fils d’un regard plein de ‘voilà comment est la vie mon fils‘ et je répète la locution qui rassure tous les hommes: “Ahhh … les femmes“. Ensuite, on rit car les clichés tirent leurs drôleries de leurs simplismes et de leurs résiliences.
Bref, j’ai toujours cru que je ne comprendrais jamais rien aux femmes. J’aurais pu rester dans ma candide et confortable ignorance mais le livre de Pancol est comme un livre de recettes qui livre les ingrédients du plat secret de votre grand-mère (c’était juste un peu de beurre et de farine????!!!). Il tue la magie des stéréotype en livrant un des secrets les mieux gardés de l’humanité. Pour les paresseux qui voudraient soulever le voile du mystère sans se taper lire les 700 pages pleines de rebondissements qui feraient pâlir d’angoise les résidentes de Wisteria Lane, je vais lâcher le morceau.
Les femmes sont des princesses et les hommes sont des princes. De pauvres princesses comme cendrillon, des méchantes reines comme la belle-mère de Blanche Neige, des rois bienveillants et forts, des princes charmants et des rois vils. Voilà. C’était simple.
Bon, j’admets que je pousse le sarcasme un peu loin. Ce n’est pas mal écrit. C’est fluide. C’est plaisant.Mais c’est aussi d’une naïveté confondante. Je n’exagère pas dans mon analogie de conte de fées. L’héroïne principale est une femme pataude, intello, délaissée par son mari, sans le sou qui, à l’instar de Cendrillon, va battre le mauvais sort à l’aides de quelques amis friqués (les fées). Sa soeur est une femme magnifique mais frivole, riche mais seule, propère mais creuse. Leur mère (la marâtre) est une femme avide et sèche qui préfère la belle à la souillon. Elle se repose sur la fortume d’un riche commerçant (le roi bienveillant) qu’elle enferme dans ses griffes.
J’avoue ne pas comprendre la raison du succès de Pancol. Ce n’est pas vide ni creux comme un série télévisée française. Ce n’est pas aussi rythmé qu’un thriller américain. Ce ne sont pas des personnages dont le lecteur peut se sentir proche. Le style est correct sans être renversant. C’est d’abord et surtout naïf.
Je ne résiste pas à l’envie de citer une courte phrase qui, à mon sens, résume le ton du roman. Il n’a aucun sens hors contexte mais je suis resté bouche bée en lisant la réplique. La société américaine résumée par Pancol. Notez la profondeur de la forme ( boue médiatique) et du fond (je me demande combien de justiciables américains viennent devant le juge en avouant avoir noyé un bébé pour ne pas encourir les foudres de la justice en affirmant que c’était simplement pour le rendre plus propre).
- Elle avait commis un véritable crime aux yeux de la loi américaine qui ne plaisante pas avec les menteurs. C’est le crime suprême là-bas.
- C’est pour ça que Clinton a été traîné dans la boue médiatique…
Add comment 6 septembre 2009
L’immeuble Yacoubian – Alaa El Aswany
L’immeuble Yacoubian fut contruit à l’époque où Le Caire était quasiment une ville occidentale avec ses communautés diverses qui se cotoyaient. Jusqu’à la fin des années soixante, Le Caire était une ville à la pointe de la modernité où on pouvait écouter du Jazz en buvant un Whisky attablé avec une femme vêtue à l’européenne. En se servant de l’immeuble comme d’un fil rouge, El Aswany dresse un portrait impressioniste de l’Egypte des années 90 en retraçant le contexte historique depuis cette époque. Il est impossible de comprendre le neo radicalisme religieux sans appréhender les diverses étapes qui ont conduit la jeunesse cairote à se confronter à un avenir qui a revetu les atours d’une impasse.
La force de ce roman est le ton résolu et sans concession avec lequel il aborde différents aspects d’une ville qui a un pied dans le modernisme mais dont la société patine faute d’état fort et impartial. Car, selon El Aswany, le fond du problème égyptien est la corruption qui gangrène l’état. Le commerce dépend de la corruption, l’état est pauvre, les fonctionnaires mal payés exigent des pots de vin pour effectuer leur travail. Une économie moribonde mène la jeunesse à faire le choix de la débrouille ou à se tourner vers un islamisme radical qui se pose en rempart contre la déchéance. L’absence de démocratie force la classe à réprimer toute protestation pour ne pas perdre les revenus plantureux de leurs indulgences.
Résumer L’immeuble Yacoubian à un portrait d’une société malade ne lui rendrait pas justice. C’est d’abord un roman passionnant avec des personnages forts et attachants. La constellation de leurs différences et de leurs difficultés donne de la profondeur au propos plus politique de l’auteur.
Intéressant de lire deux bouquins aussi différents que Terroriste d’Updike et celui-ci qui traitent pour une bonne part des mêmes thèmes. Je l’ai reçu en cadeau avec un abonnement et le titre me disait vaguement quelque chose mais sans plus (j’ai appris qu’un film avait été tourné d’après le livre). C’est donc complètement par hasard que j’ai pu faire un parallèle entre les deux. Aucun des deux ne repose complètement sur la montée du sentiment religieux des Musulmans mais tous les deux illustrent les dérives d’une société vacillant sur ses valeurs et confrontée à une instrumentalisation de la foi à des fins politiques.
Add comment 1 septembre 2009
Pertes et fracas – Jonathan Tropper
Tropper m’a mis les larmes aux yeux avec son Livre de Joe. Tropper est un surdoué de l’écriture et, comme beaucoup de surdoués, c’est aussi un paresseux. Pertes et fracas est le troisième livre que je lis de lui et je ne cache pas une certaine lassitude envers ses personnages interchangeables partageant les mêmes failles et le même sens de la répartie.
Dans le Livre de Joe, un écrivain à succès revenait dans son bled d’origine pour faire face à son passé et apaiser ses relations avec son père mourant et l’amertume de son frère. Dans son second roman (Tout peut arriver), un jeune Yuppie se démenait avec un père fantasque et un frère simple d’esprit. Dans Pertes et fracas, un jeune chroniqueur à succès (je vais finir par croire que tout le monde est jeune et riche à NY) fait face à son veuvage, à un beau fils qui pourrait être son frère, une soeur jumelle en pleine crise de couple et un père qui perd la boule.
On a tous ses obsessions mais je trouve plus que dommage de gâcher un tel talent à ressasser perpétuellement la même histoire. Car Tropper à un talent fou. On lit ses 400 pages en un clin d’oeil mais sans ressentir autre chose qu’un vague sourire qui vient flotter par moment sur nos lèvres lorsque le narrateur lâche une observation particulièrement bien ciselée.
J’ai l’impression que Tropper est victime d’une sorte de Syndrôme Nick Hornby. Hornby avait écrit un magnifique Haute Fidélité (jetez-vous sur ce livre si vous avez la chance de ne pas encore l’avoir lu) mais, au fil de ses romans, la qualité se dégrade quasi continuellement et chaque opus est plus ennuyeux que le précédent.
Dommage.
5 comments 25 août 2009
La chambre des curiosités – Douglas Preston et Lincoln Child

Elémentaire mon cher Pendergast
J’étais au soleil (soupir … je déteste utiliser l’imparfait avec les mots ’soleil’ ou ‘vacances’) et j’avais envie d’un titre distrayant. Cela fait des mois qu’Amazon essayait de me fourguer ce bouquin dans ses recommandations et que je résistais vaillament. J’étais d’autant plus rétif que j’ai lu voici quelques mois Le codex de Douglas Prestion (sans Child) qui ne m’a pas laissé un souvenir impérissable. Bref, malgré tout, je me suis malgré tout laissé tenter et je ne le regrette pas.
Preston et Child ont créé un personnage fantasque et légèrement inquiètant: l’enquêteur Pendergast attaché au FBI. Il est immensément riche, il est immenséement cultivé, il est immensément intelligent, il est immensément anachronique. Difficile de penser que les auteurs ne se sont pas inspiré de Sherlock Holmes.
L’histoire elle-même rappelle les romans de la fin du XIXème siècle avec un enquêteur au comportement bizarre flanqué de faire-valoir qui sont sympathiques au lecteur car ils partagent la même ignorance qu’eux. Le lieu même autour duquel tourne toute l’intrigue concourt également à cette ambiance désuète puisqu’il s’agit du Museum d’histoire naturelle de New York. Je ne crois pas que l’adaptation du roman dans le Londres de l’époque victorienne représentait un travail de titan.
Au final, on a un roman très divertissant, bien écrit sans être d’un style éblouissant. Le polar flirte avec le gothique et le fantastique comme au bon vieux temps de ce cher Watson.
Add comment 22 août 2009
Pig Island – Mo Hayder
Comme j’ai déjà pu l’écrire, j’ai lu énormément de polar et thrillers étant plus jeune. Adolescent, je dévorais les Stephen King, la collection ‘Suspense’ de chez Albin Michel mais aussi les aventures de Maigret et les désuets Agatha Christie. Ce préambule pour écrire que d’après moi, les mécanismes de ces intrigues sont souvent similaires. Il y a deux grand schémas utilisés par les romanciers du genre. C’est plus qu’un ensemble de code à respecter, c’est juste qu’on n’a plus inventé grand-chose depuis Conan Doyle. Soit il s’agit d’un personnage récurrent à la vie privée hors norme (Holmes, Poirot, Marple, Maigret, Wallander, Rebus, Blomkvist, …) ou nous avons affaire à un serial killer sadique (genre de loin le plus répandu).
Dans Pig Island, Mo Hayder nous plonge dans une atmosphère que j’avais oubliée. Une troisième piste rarement suivie par les romanciers modernes. Malgré le ton résolument actuel, le ton et l’intrigue me font résolument penser à Edgar Poe. On est dans une horreur suggérée et implacable. Les coups de théâtre se succèdent sans brusquer le lecteur. On ne comprend pas trop les obsessions du héros. L’histoire s’articule autour d’une île battue par les vents, ancienne décharge de produits toxique, hantée par des cochons et dont la population se résume à une secte qui réprouve la médecine. Le héros est un journaliste qui traque les arnaques des mystères tels que les vierges qui pleurent ou les yétis du Tibet. Il boit trop, son couple bat de l’aile. On pense qu’on se dirige tout droit vers un de ces personnages récurrents que j’ai cité plus haut. Mo Hayder transcende les codes avec un style fluide et direct pour distiller une tension permanente. S’il ne s’agit pas d’un bouquin qui va modifier votre point de vue sur les problèmes du monde, il vous fera passer un excellent moment.
Add comment 19 août 2009
Terroriste – John Updike

Un grand livre
J’ai un peu de mal à parler de ce livre comme d’un roman. John Updike a écrit un essai sur le terrorisme en le travestissant d’une intrigue pour lui donner des airs de roman. A l’aide d’une plume vivace et cultivée, il retrace l’histoire d’un jeune homme qui accepte une mission suicide pour commettre un attentat à New York.
L’auteur contemple l’Amérique à travers les yeux des protagonistes de son intrigue assez légère mais bâtie sur des fondations extrêmement solides. C’est ainsi que le vieux professeur athée d’origine juive porte un regard nostalgique sur le pays de sa jeunesse ou qu’un jeune homme mi-arabe mi-irlandais s’investi dans sa Foi musulmane comme un jardinier place un tuteur pour que sa plante pousse bien droit. Dans une petite ville dont l’avenir est derrière elle et dans une Amérique dont les valeurs se limitent au consumérisme et à l’argent, peu d’options sont à la portée de sa jeunesse. Le jeune lycéen en quête d’identité en quête de valeurs se retranche dans la Foi.
John Updike brosse un portrait très sombre d’une Amérique qui aurait perdu ses repères. De longues et passionnantes digressions appuient son propos dans un langue magnifique quoique parfois baroque. Hormis dans les dialogues, Updike ne sait pas faire de phrase de moins de 10 lignes (j’exagère à peine) ce qui donne un texte souvent magnifique sans être pédant mais qui rend aussi la lecture difficile. Ne tentez pas de lire ce bouquin lorsque que vous n’êtes pas complètement concentré ou trop fatigué pour regarder un nanar à la télévision.
Je n’avais jamais rien lu d’Updike le classant inconsciemment d’une manière totalement arbitraire dans la catégorie des auteurs intellos pontifiants (à côté de BHL). Je ne saurais trop vous recommander ce livre pour le regard qu’il porte sur notre civilisation. Le trait peut parfois être caricatural mais il est absolument lucide sur le fond.
1 comment 18 août 2009
Les visages du mal – Ruth Newman

Les visages du mal
L’intrigue est fort convenue. Une série de meurtre atroces sont perpétrés au sein de la communauté estudiantine de Cambridge. Un policier et un psychiâtre mènent l’enquête. Le roman policier dans sa déclinaison ‘thriller’ est devenu un genre aux codes tellement rigides qu’être surpris devient une surprise. J’ai l’impression que la seule chose qui aie évolué dans ce genre depuis une vingtaine d’année est le degré d’atrocité des meurtres. Je ne sais pas si c’est parce que je suis blasé mais j’ai vraiment l’impression d’avoir déjà lu ce genre d’histoire à plusieurs reprises. Je pense même que l’auteure a lu une bonne partie des mêmes thrillers que moi. C’est sans doute pourquoi j’ai trouvé que même s’ils étaient bien amenés, les nombreux coups de théâtre étaient très prévisibles. C’est comme de suivre une autoroute que vous n’avez jamais empruntée: vous êtes rarement surpris par le paysage.
J’ai eu un problème en débutant la lecture du livre. Les personnages ne sont pas faciles à distinguer les uns des autres et Ruth Newman abuse du procédé de flash back uniquement induits par l’utilisation d’une typographie différente en fonction de l’époque décrite. J’avoue que je n’ai pas saisi tout de suite la nuance entre les deux typographies et que cela n’a pas rendu plus facile l’immersion dans l’intrigue. Une dernière chose m’a singulièrement gêné au-delà de la pauvreté du style: Newman plante souvent ses décors et ses personnages par le biais de dialogues entre les protagonistes. Elle emprunte ce procédé au dramaturge qui ne peut que se reposer sur les dialogues et, éventuellement, sur le décors scénique pour contextualiser son intrigue. Dans un roman, non seulement cela passe mal mais cela donne des échanges qui paraissent artificiels et désincarnés. Personne ne parlerait de la sorte à un collègue ou un ami.
Cela dit, malgré tout ce que j’ai pu écrire, on est loin d’un livre éxécrable. Ca se laisse lire et le mystère ravira les amateurs du genre. C’est juste un peu trop convenu et d’un style trop plat à mon goût. A ceux qui recherchent une intrigue moins convenue dans le même style, je recommanderais plus volontiers Shutter Island.
J’ai reçu ce livre grâce à l’initiative Masse Critique qui offre un livre aux bloggueurs avec comme seule contrepartie d’en publier une critique dans les semaines qui suivent sa réception. Tout le monde y trouve ainsi son compte. L’éditeur qui reçoit un écho suir le web à bon compte. Votre serviteur qui lit un livre à l’oeil et Babelio (l’initiateur de Masse Critique) peut se frotter les mains de l’audience générée auprès de son public cible.
Add comment 21 juillet 2009
Les tribulations d’une caissière – Anna Sam
Voici quelques années, j’avais lu dans un magazine un article sur cette caissière qui du haut de son bac+5 portait un regard décalé sur son métier. Je m’étais dit que l’angle était vraiment intéressant. Je le pense toujours bien que je sais maintenant qu’un bon sujet ne suffit pas à faire un bon livre.
Il ne s’agit d’ailleurs pas d’un livre à proprement parler mais d’un blog imprimé. La nuance pèse lourd dès les premières pages. Il n’y a pas de fil conducteur, le ton est direct et le propos ne s’appuie sur aucune trame solide. Anna Sam enfile des tranches de vie et des coups de gueule mais elle n’écrit pas de livre. Bien qu’elle ne cesse de mettre en exergue la licence en littérature, son style est d’une pauvreté agaçante. Mais là ne réside pas la vraie faiblesse du bouquin. En effet, si ses expériences vécues dérrière une caisse peuvent parfois toucher, le ton reste désincarné. Elle passe très vite sur les raisons qui l’ont poussé à prendre ce job et surtout à le garder huit ans alors qu’elle se plaint à longueur de pages de la frustration de n’être qu’une caissière. Le complexe d’infériorité qui se dégage n’a d’égal que la vague mysanthropie qu’elle éprouve envers ses clients ou ses supérieurs hiérarchiques. Elle déverse ses flots d’amertume sur tout le monde excepté ses collègues. On ne comprend pas qu’elle garde un job aussi pourri aussi longtemps avec un si beau diplôme. On le comprend d’autant moins qu’elle ne parle à aucun moment des caissières si ce n’est pour dire que c’est un métier difficile et que tout le monde les déteste. Surtout elle. Selon elle, passer du statut de caissière à celui d’auteure est comme passer du stade de la chrysalide à celui de beau papillon. Un conte de fée. Une dissonance entre le propos du livre et sa conclusion qui le rend d’autant plus supportable. Cette Anna Sam est un des rare auteurs avec qui je n’aimerait pas discuter plus avant de son oeuvre. Après avoir lu son bouquin, j’ai l’image d’une femme aigrie et mal dans sa peau qui fait passer tous les clients pour des goujats, des bêtes ou des abrutis. Si on la suit, seule Anna Sam est à sauver lors du prochain déluge.
2 comments 12 juillet 2009
Le quatrième Cavalier – Bernard Cornwell
Il s’agit du deuxième tome de la saga d’Uthred le Saxon qui fût élevé par les Danes. Vers la fin du IXème siècle, les Viking déferlent depuis le Danemark sur l’Anglie qu’on n’appelle pas encore l’Angleterre. L’Anglie est constituée d’une myriade de petits royaumes que tente d’unifier le dévôt roi Alfred du Wessex.
J’avais beaucoup apprécié le premier tome que j’avais lu voici quelques années. La période historique qui suit la chute de l’empire Romain et qui précède le moyen âge est bizzarement peu exploitée par les romanciers. Le faible taux d’alphabétisation et les luttes d’influences religieuses expliquent probablement que peu de documents nous soient parvenus mais il n’en reste pas moins que la période est très fertile en intrigues pour un auteur imaginatif.
Malheureusement, j’ai trainé ce bouquin comme un fardeau qu’on se résigne à porter malgré les courbatures et les jambes flageolantes. C’est uniquement porté par le souvenir du premier opus que je suis parvenu au bout de celui-ci. Peut-être que je vieillis. On est loin des considérations politiques ou historiques bien qu’on suive le roi Alfred tout au long de l’épisode. Il semble que l’Histoire n’est faites que de batailles, de viols et de bains de sang dans une ambiance de religiosité superstitieuse. Cornwell se permet même des épisodes magiques qui auraient leur place dans un contexte de fantasy mais qui sont franchement malvenus dans un récit qui se veut historique. Au secours!
Une déception. Toutefois, j’appécierais qu’un lecteur de ce billet me recommande quelques titres qui traitent de cette période historique. L’Europe actuelle s’est bâtie pour une bonne part à cette époque et je réalise à quel point les manuels scolaires l’ont passé sous silence.
Add comment 8 juillet 2009
Hortense et Queenie – Andrea Levy
En Jamaïque, dans les années 30, Hortense est une métisse qui ne doit sa bonne éducation qu’à la culpabilité de la famille de son père, un Anglais notable de la colonie. Sa prestance n’a d’égale que sa suffisance.Gilbert est un noir Jamaïcain qui s’engage pour défendre la Mère Patrie. Il se rendra vite compte que l’Angleterre qu’il croyait si bien connaître a bien du mal à reconnaître ses fils de couleur. Queenie est la fille d’une petite famille bourgeoise de la campagne anglaise sans beaucoup d’éducation mais avec beaucoup de personnalité. Bernard est un anglais petit employé de banque qui prend soin de son père rendu fou par la première guerre mondiale.
Cela vous est sûrement déjà arrivé. On vous recommande un bon petit resto. Un truc vraiment sympa. Un troquet dont tous vos amis parlent avec ravissement. Lorsque vous vous y rendez, le décors est sympa, l’accueil est chaleureux. Lorsqu’on vous sert, le plat semble délicieux. Mais rien ne va. Vous ne vous sentez pas à votre place, le plat est trop épicé, ou pas assez, ou c’est vous qui n’êtes pas dans l’humeur. Le repas se traîne et vous ne pensez qu’à payer l’addition, sourire au chef et vous tirer de là. Ce n’était pas le bon jour. Vous auriez mieux fait de manger votre reste de pâtes à la maison.
C’est à ce genre de mésaventure que je pense en terminant les aventures d’Hortense et Queenie. Il est vraiment très bien. Je n’hésiterais pas à le recommander mais … il y a un je-ne-sais-quoi qui m’a fait traîner ce roman pendant près de deux semaines. Je suis incapable de mettre le doigt dessus. C’est peut-être une simple question d’état d’esprit.
L’auteur croise habilement les intrigues entre les différents protagonistes et entre les différentes périodes historiques. On saute régulièrement le la réalité qui précède la deuxième guerre mondiale au monde qu’elle a laissé en se terminant. Le style est facile et sans sophistication excessive.
Au final, j’ai un sentiment d’inachevé. Peut-être est-ce la densité du roman. La richesse des personnages méritait probablement un livre pour chacun d’entre eux. Il y a tant de sujets développés que certains ne sont pas assez aboutis à mon goût. Je réalise en écrivant ce billet que je me sens incapable de résumer le livre en quelques mots. Incapable de dire de quoi il parle vraiment.
Add comment 28 juin 2009
L’assassin royal, tome 6: la reine solitaire – Robin Hobb

Le moins bon et le plus magique épisode de la saga de Fitz
C’est avec une nostalgie téintée d’amertume que j’ai refermé l’ultime tome du premir cycle de l’assassin royal. Autant je m’étais passionné pour les premiers volumes autant j’ai trouvé indigestes les multiples emprunts à la magie. Jusqu’alors, FitzChevalerie nous avait habitué à évoluer dans un monde féodal où régnait diverses formes de Magies qui étaient d’ordre plutôt exceptionnel. Une forme de don dont seuls quelques uns était dotés et dont les contours étaient mal définis. Certaines formes de Magie étaient d’ailleurs fort mal considérées par la population qui y voyait une forme de damnation (tel le Vif qui permet de communiquer avec des animaux). Bref, la Magie était un adjuvent nécessaire au développement de l’intrigue mais qui n’empêchait pas les protagosnistes à devoir affronter des situations très réelles.
Dès lors, j’ai vraiment eu beaucoup de difficultés à surmonter les cent dernières pages de la quête de Fitz et de Vérité qui, par moment, ressemblaient à un mavais épisode de DragonBall. Je lirai la suite de la saga en espérant que Hobb a évité de sombrer dans ces travers faciles dasn les prochains tomes.
Add comment 1 juin 2009
La transaction – John Grisham

C'est Grisham ... euh ... son livre.
Moui. Je ne sais pas trop en fait. D’un côté je l’ai lu d’une traite. De l’autre, je ne suis pas sûr de m’en souvenir la semaine prochaine. On le lit avec une distraction paresseuse.
C’est Grisham.
Les millions s’échangent comme des figurines Panini dans les cours de récréation. Les heures de labeur supplémentaires s’égrènent avec la même facilité que dans un discours de Sarkozy. Des avocats s’affrontent dans les arcanes du système judiciaire américain que l’auteur dénonce comme s’en amuse.
C’est Grisham.
C’est un gros paresseux. Il a une très belle plume bien au-dessus de la moyenne des auteurs de best-sellers mais il s’adonne le plus souvent à l’écriture automatique et laisse ses tics d’écritures s’exprimer pour lui. La plupart de ses intrigues sont interchangeables. Pourtant, si vous désirez juger de son talent, lisez plutôt La dernière récolte qui est un témoignage poignant de la vie des agriculteurs du Midwest des années 50.
C’est Grisham.
C’est caricaturalement américain. Le culte de l’argent est à la fois décrié et encensé. Il se gausse des nouveaux riches comme ses self made men fascinent. On a souvent l’impression que Grisham n’a aucune culture du monde qui l’entoure. Le monde compte 50 états.
C’est Grisham.
J’aime bien mais je ne sais vraiment pas pourquoi.
Add comment 24 mai 2009
Petit cours d’autodéfense intellectuelle – Normand Baillargeon

Ne manquez pas de lire le premier chapitre
Voilà un livre assez singulier dans mon parcours de lecteur moyen. D’usage ordinaire, j’évite les livres qui sont trop factuels. Voilà des années que je n’ai pas ouvert une biographie ou même des mémoires. Ca m’ennuie.
C’est sur Amazon que je suis tombé sur ce petit bouquin qui ne manque aps d’intérêt. Je voulais profiter de la campagne électorale qui bat son plein en Belgique afin d’y appliquer la grille de lecture proposée par l’auteur. Si on met de côté la tonalité ahurissante des arguments échangés par nos “responsables” politiques, on peut dire que ce cours est d’application directe. Cela dit je me trompais sur un point: il n’est en aucun cas circonscrit au discours politique. C’est plutôt d’un décrypteur de médias au sens large dont il est question.
Le premier chapitre -à mon sens le plus intéressant- traite des techniques linguistiques qui servent à éviter l’argumentation solide et rigoureuse. Une fois lu, on se prend à déceler des paralogisme un peu partout (publicité, politique, économie, …). Etre conscient des artifices courament usités permet de prendre conscience qu’on les détecte. Savoir qu’un homme politique fait constament appel à la langue de bois n’est pas la même chose que de se rendre compte de quels moyens il utilise et attire notre attention sur ce qu’il évite de dire.
Le second chapitre traite de probabilités et de statistiques. Il nous donne les clefs pour comprendre les subtilités des sondages et des graphiques. Mais, s’il est évident qu’on ne peut se passer de se doter d’outils qui nous permettent de comprendre les chiffres qu’on nous serine à longueur de journée, il sera à mon avis illisible pour qui n’a pas une formation mathématique de base. C’est la limite de ce bouquin. C’est un cours. Au moins, on n’est pas trompé sur la marchandise. Même si Baillargeon est un excellent pédagogue et qu’il distille des exemples drôles et pertinents pour étayer son cours, le niveau est assez élevé et n’est pas à la portée de tous. Si le but est d’apprendre à faire réfléchir, un ton moins docte aurait élargi le lectorat et se révélerait plus efficace.
Les trois chapitres suivants traitent des convictions (comment sont-elles forgées), du formalisme scientifique et des médias.
Si je m’étends moins sur ces chapitres, c’est parce que je les ai trouvé plus militants qu’éclairants. Si je partage un bon nombre d’idées de l’auteur, je n’ai pas choisi de lire un essai politique. Oui, les médias nous manipulent (les exemples sont fort éclairants), oui, ils sont manipulés. Mais ce n’est qu’un constat.
Normand Baillargeon pêche par un manque étonnant d’exhaustivité: il ne parle ni des blogs ni des forums, il ne formule aucune critique des mouvements alternatifs qui ont aussi leurs contre-défenses intellectuelles… Son prisme est très nord américain (il est Québecois) s’accorde parfois difficilement avec notre vécu et ses citations sont quasi exclusivement d’origine anglo-saxonne.
Au final un sentiment mitigé. Un bouquin vraiment éclairant mais qui manque son objectif. Le premier chapitre est extrêment intéressant.
Add comment 19 mai 2009
Antéchrista – Amélie Nothomb

Un bouquin dont on peut se dispenser
On reproche souvent à Amélie Nothomb d’écrire des romans trop courts. A la lecture d’Antéchrista, je ne vois pas comment une idée aussi légère aurait pu soutenir un texte plus lourd. Le roman parle de la soumission d’une jeune fille à une autre qui telle une jeune incarnation de Janus adopte un comportement revêche ou adorable selon qu’elle s’adresse à sa victime ou à ses proches.
Le thème de la submersion dans la domination semble relever de la prédilection pour Amélie Nothomb. Elle l’avait abordé sous une forme plus positive dans les deux seuls autres romans que j’ai lu/vu (Stupeurs et tremblements et Les catilinaires). Je dois dire que je ne vois pas trop ce que celui-ci apporte de plus.
Le style délié de l’auteure est rythmé par des dialogues brillants mais artificiels. A aucun moment, je ne me suis enti proche des personnages. On dirait une pièce de théâtre mal jouée.
Le meilleur atout du bouquin est la vitesse à laquelle on le lit. Un moyen de passer une soirée ou un après-midi pluvieux.
Dispensable.
Add comment 14 mai 2009
Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil – Haruki Murakami

Indispensable à votre bibliothèque
Quel beau livre! Je me retrouve un peu idiot à poser un commentaire forcément insignifiant par rapport à l’écriture de Murakami.
C’est le genre de bouquin qui me fait plaindre les gens qui ont décrété qu’ils n’aimaient pas lire ou qu’il n’en avaient jamais le temps. Comment peut-on se priver d’une telle gourmandise? Deux cents pages de pur bonheur.
Voilà un roman où il ne se passe quasiment rien. L’intrigue se résume à un trentenaire qui retrouve une amie d’enfance dont il était amoureux. Pas forcément un sujet fascinant. Je ne pense pas que je l’aurais lu si une amie ne me l’avait offert. Et pourtant, l’écriture pleine de simplicité de Murakami transcende l’intrigue et nous laisse groggy à chaque fin de chapitre.
Je ne connais rien au Jazz et Murakami donne plusieurs clefs pour souligner le parallélisme de son texte avec un air de Jazz. Bien que je ne connaisse rien à ce style musical, j’ai très vite senti un rythme particulier qui me rappelait un vieil air de blues. L’auteur joue des phrase comme un vieux bluesman de sa guitare. Un style à la fois syncopé et mélancolique qui emporte le lecteur dans un tourbillon de sentiments.
C’est également un roman très masculin. Au sens où les doutes, les peurs et les envies du narrateurs sonnent toujours juste. Pour une fois l’homme n’est pas décrit comme une héros (machoire carrée, larges épaule, sûr de lui, …) ou un lâche (épaules tombantes, regard fuyant, chétif, …) mais comme un être humain avec ses forces et ses faiblesses.
Un dernier point plus anecdotique m’a frappé. L’intrigue se déroule au Japon et le texte est écrit par un Japonais mais l’ensemble parait tellement universel qu’à quelques détails près, cela pourrait se passer à Bruxelles ou à Lyon. On est très loin des stéréotypes asiatiques.
Magnifique.
Que ceux qui n’ont pas encore lu ce livre nous quittent pour venir nous en parler après l’avoir lu. Pour les autres, j’aimerais connaître votre sentiment sur la réalité de l’existence de Shimamoto-San. Est-elle la maîtresse retrouvée ou est-elle l’incarnation des regrets et des remords de Hajime? Je n’arrive pas à me décider.
4 comments 13 mai 2009
Le codex – Douglas Preston

Le Codex. A prendre au premier degré.
Anachronique. Le mot qui me vient à l’esprit en refermant ce bouquin. Ce n’est pas forcément péjoratif. C’est une impression. Un arrière-goût. Une amertume. C’est la première fois que le lis une oeuvre de Douglas Preston à la prodution pourtant prolifique. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre. J’avais ce bouquin depuis plus de six mois sans avoir pu dépasser le premier chapitre. Probablement une question d’état d’esprit. Ce n’est pas mal écrit bien que le style soit assez plat.
Bref.
L’auteur enfile les poncifs comme 3 suisses enfile les verroteries pour ses cadeaux à ses fidèles clients. Tout y passe. Trois fils fort différents découvrent que leur père (un milliardaire excentrique) atteint du cancer a disparu en emportant toutes les oeuvres d’art qu’il avait accumulées au cours de sa vie de pilleur de tombe. Ils partent séparément à sa recherche pour le magot. Ils doivent affronter un méchant détective privé sadique, des tribus mayas, la forêt amazonienne, une multinationale sans coeur, des indigènes qui parlent petit nègre et qui ne rêvent que de rejoindre les Etats-Unis (l’auteur na pas du beaucoup voyager). Une vraie litanie de stéréotypes. On se croirait parfois dans Tintin au Congo.
En toute sincèrité, au bout d’une centaine de page, je pensais que l’auteur me réservais un coup de théâtre du style le milliardaire a mis tout cela en scène en payant des acteurs pour confondre ses fils dans un intrigue retorse afin de leur donner une leçon de vie. Mais non. Tout est à prendre au premier degré.
Je sais que je peux paraître assez sévère au travers de ces lignes. Mais j’ai lu quasiment d’une traite ces 400 pages. C’est loin d’être mauvais. C’est juste d’une tonalité assez … anachronique.
1 comment 10 mai 2009
Shutter Island – Dennis Lehane

Un livre qui dépasse la notion de suspense
Encore une bonne surprise. Ayant lu des tonnes de thrillers étant plus jeune, j’ai souvent eu l’impression d’avoir fait le tour du genre. L’impression que tout a été écrit et que les seules surprises subsistantes résultent d’une tricherie de l’auteur telles qu’un deus ex machina ou une incohérence dans son récit. Tout ceci pour dire que je ne lit plus que très rarement des suspenses comme on mange une sucrerie en sachant que c’est mauvais pour la ligne et d’une saveur industrielle. Un Harlan Coben et ça repart. Un Grisham par jour, en forme toujours.
Bref.
L’intrigue commence par une mise en place que n’aurait pas reniée Agatha Christie. Deux marshall (officiers de justice fédérale américains) débarquent d’un ferry sur une île au large de Boston au milieu des années 50. Cette île désolée n’est occupée que par un asile psychiatrique remplie des patients les plus dangereux des états-unis et de la communauté médicale. Une patiente s’est échappée et les marshalls sont chargés de la retrouver. Une île, une tempête, un enqueteur et son fidèle comparse, le mystère d’une disparition en chambre close… Tous les ingrédients d’une resucée des romans policiers anglais du début du 20ème siècle sont réunis. Assez rapidement, on a l’impression qu’Agatha Christie a pris de l’acide car la situation devient de plus en plus chaotique.
Le style très fluide et très riche de Dennis Lehane rende la lecture de Shutter Island passionnante. On dépasse le simple roman policier pour toucher à l’espionnage, au thriller pour finir dans un schéma très contemporain lors d’un coup de théâtre bien ficelé.
Un livre dont il serait dommage de se priver. Vous naurez jamais aussi bien profité de huit euros.
1 comment 2 mai 2009