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La souris bleue – Kate Atkinson
Une belle surprise. Je m’attendais à un roman assez contemplatif. Un peu larmoyant pour tout dire. Je n’arrive plus à me rappeler d’où me venait cet a priori mais ce qui est certain, c’est que je n’ai acheté La souris bleue que sur la recommandation du système de suggestion d’Amazon. Il y a quelque chose de vaguement inquiétant dans le fait d’apprécier un livre qui vous a été recommandé par un robot.
Bref.
Le roman traite de plusieurs disparitions dont certaines remontent à plusieurs dizaines d’années sur lesquelles un détective privé (évidement) désabusé amateur de musique country chargé d’enquêter. Sur une trame narrative de forme fort classique, Kate Atkinson construit un roman qui n’a absolument rien d’un polar. Elle suit une ligne du temps complètement désarticulée qui gagne en chaos au fur et à mesure que l’intrigue se développe. Avec sensibilité, l’auteure prend soin de s’éclipser derrière ses personnages qui se révèlent légèrement azimutés mais attachants. Le mélange des genres permet une fluidité au récit qui aurait été difficile à créer sur des thèmes aussi difficiles que la disparition, le deuil, l’amour familial et la difficulté de voir ses enfants grandir.
Le style d’Atkinson est très clair et, si les ellipses dont elle use sont parfois déstabilisantes, elles rendent plus nerveux le rythme du roman. Le fait d’utiliser comme personnage pivot de son roman un détective privé dont les enquêtes se révèlent secondaires chahute agréablement les repères du lecteur. Le regard aiguisé qu’elle porte sur notre société navigue entre l’incompréhension et une légère mélancolie.
Je n’avais jamais entendu parler d’Atkinson auparavant mais je compte bien creuser le reste de son œuvre pour garnir ma bibliothèque.
Add comment 13 octobre 2009
La maison du bout du monde – Michael Cunningham
C’est drôle comme un livre peut vous enchanter; son style vous émerveiller; son histoire vous surprendre. Lorsque j’ai la chance de tomber sur une pépite ou juste un très bon roman, je suis impatient de partager ma découverte avec mes lecteurs. Lorsque j’ai détesté, je me défoule en espérant que ma hargne en détournera l’un ou l’autre qui mettra à profit le temps gagné pour lire un textes plus excitant.
Pas celui-ci. Une ombre est passée au dessus de mon enthousiasme. Il paraît que La maison du bout du monde a fait un tabac dans tous les pays où il fût traduit. Tant mieux pour l’auteur. Je suis sincèrement heureux pour lui. On sent qu’il le mérite. On éprouve le labeur qu’il a mis dans son ouvrage. Michael Cunningham est probablement un type qui était premier de classe. Un gars qui bossait bien tard pour remettre la copie la plus aboutie. Un bosseur. Pas un génie.
Tout est très bien dans ce livre. C’est très bien écrit. Il y a une belle réflexion sur la nostalgie et la difficulté de communiquer dans une famille. Un beau point de vue aussi sur le fait que quelque soit son mode de vie, on aspire à une certaine forme de banalité. C’est aussi un livre sans relief, sans âme véritable. Sans étincelle.
C’est un roman choral où chaque chapitre est écrit du point de vue subjectif de l’un ou l’autre des personnages principaux de l’intrigue. Il y a la mère de famille névrosée, délaissée et froide. Il y a son fils, ténébreux et légèrement misanthrope. Il y a son ami, qui comme lui, est issu d’une ambiance familiale glauque et pesante. Au fur et à mesure, des trips musicaux et de drogues, au fil des expériences sexuelles qui dépassent le touche-pipi (les gamins se sont connus à 11 ans), des liens ambigus se tissent et se défont lorsque l’un deux part vivre à New York.
J’arrête ici la litanie des étapes qui mènent les deux amis de déboires sexuels, familiaux et sociaux à une aspiration de vie rangée. C’est comme si l’auteur pensait pouvoir combler son manque d’inspiration par la marginalité mal acceptée de ses personnages. Je me suis surpris à plusieurs reprises à revenir lire le titre du chapitre qui annonçait le nom du personnage qui s’exprimerait dans le passage qui suivait. Pour être sûr de bien suivre. J’en avais besoin car le ton, les expressions, la verve et les réflexions étaient étrangement monotone. Que ce soit la mère délaissée, le jeune homo bobo, la femme excentrique qui se voit vieillir, … tous s’expriment et pensent de la même manière. C’est lassant. Bien écrit mais lassant.
Il m’a fallu une bonne semaine pour venir à bout de ce bouquin. Il n’était pas mauvais mais la chimie n’a jamais pris. Il m’a juste paru terne et laborieux.
1 comment 2 octobre 2009
Les identités meurtrières – Amin Maalouf
Lorsqu’on m’en a parlé pour la première fois, c’était accompagné d’une mine ébahie: “Tu ne connais pas? C’est pourtant la base de tout!” Si je trouve le propos légèrement excessif, je ne peux m’empêcher de penser qu’il s’agit effectivement d’une lecture fondamentale au sens où elle devrait être encouragée dès le plus jeune âge. C’est d’un style très abordable et, même si Maalouf prêchait un convaincu, j’y ai trouvé des angles d’analyses auxquels je n’avais jamais songé.
A mes yeux, la seule faiblesse de ce livre est qu’il n’en est pas un. C’est purement subjectif mais, pour moi, un bon livre est toujours un roman. Sinon, c’est un manuel ou une référence. Je sais que c’est idiot mais je n’arrive pas à considérer un texte purement factuel (telle qu’une biographie par exemple) comme un ‘vrai’ livre. Les identités meurtrières n’est même pas un essai; c’est un discours vibrant et érudit couché sur papier. L’ approche de Maalouf, toute en nuances, s’enrichit de son histoire personnelle et sa vaste culture pour appuyer son propos. C’est brillant et convaincant (même pour un convaincu). Il renverse régulièrement les prismes à travers lesquels les médias traitent l’information. Il pose l’axiome (qui me parait toutefois un peu limite) que l’identité d’un individu est composées d’une multitudes d’identités (tels que la langue, la culture, la religion, la couleur de peau, les préférences sexuelles, …) dont la conjonction fait un individu unique. Selon lui, si l’une de ces identités est mise en péril, elle prend le pas sur l’identité globale. Pour caricaturer, un noir homosexuel flamand mettra en avant l’une ou l’autre de ses identités selon qu’il vit en Alabama, à New York ou à Oostende.
Parmi les questions qui poussent à revoir sa vision du monde et de l’Histoire, nous avons:
- Est-ce la religion qui influe sur une civilisation ou une civilisation qui influe sur la religion?
- La chrétienté se serait-elle développée si elle n’avait pu s’appuyer sur le droit romain et et sur la culture grecque?
- Le marxisme aurait-il été différent s’il ne s’était développé en Russie?
Un point particulièrement intéressant est soulevé par Maalouf concernant la domination culturelle de la civilisation occidentale sur les autres civilisations. D’après Maalouf, l’accélération de la prédominance culturelle de l’occident date de la campagne d’Egypte de Napoléon en 1799. Depuis lors, que ce soit d’un point de vue politique, scientifique ou culturel, toutes les grandes évolutions (elles ne sont pas toutes positives mais elles sont toutes marquantes: cela va du nazisme à la conquête de l’espace, de l’informatique à la bombe atomique) ont pris corps en Occident. Jusqu’alors, les différentes civilisations évoluaient d’une manière asynchrone mais globalement au même rythme. La Chine, l’Inde, l’Orient, les Aztèques ont tous un moment ou l’autre été un moment ou l’autre en avance. Mais l’accélération fulgurante que connaît l’Occident depuis trois siècles n’a aucun précédent historique. Cela joue sur les autres civilisations qui doivent renoncer à une partie de leur identité pour suivre le mouvement. Un mouvement depuis trop à sens unique longtemps qui génère des frustrations. Maalouf illustre intelligemment cette dernière idée en parlant des Français qui s’insurgent contre l’envahissement des anglicismes et des fast food. Toute culture vit mal d’avoir le sentiment d’être dominée par une autre.
Les nombreuses citations que j’ai pu extraire de ce livre démontrent à quel point il m’a impressionné malgré la naïveté parfois pesante du propos de Maalouf. On ne peut que rester admiratif devant son analyse et sa vision (Les identités meurtrières ont été écrites avant les attentats de New York, l’élection d’Obama qui s’est élevé au dessus de son identité raciale pour être élu). En tant que Belge, j’avoue que j’aimerais que ce bouquin soit un préalable avant de débuter les négociations communautaires qui s’annonce.
1 comment 12 septembre 2009
Les yeux jaunes des crocodiles – Katherine Pancol

Un livre de (pour?) femmes
J’ai toujours cru que les femmes étaient des personnes compliquées. Lorsque, devant sa garde-robes pleine à craquer, ma femme se plaint qu’elle n’a plus rien à se mettre, quand elle pleure devant un film, quand elle rit parce qu’elle est nerveuse, je me tourne vers mon fils d’un regard plein de ‘voilà comment est la vie mon fils‘ et je répète la locution qui rassure tous les hommes: “Ahhh … les femmes“. Ensuite, on rit car les clichés tirent leurs drôleries de leurs simplismes et de leurs résiliences.
Bref, j’ai toujours cru que je ne comprendrais jamais rien aux femmes. J’aurais pu rester dans ma candide et confortable ignorance mais le livre de Pancol est comme un livre de recettes qui livre les ingrédients du plat secret de votre grand-mère (c’était juste un peu de beurre et de farine????!!!). Il tue la magie des stéréotype en livrant un des secrets les mieux gardés de l’humanité. Pour les paresseux qui voudraient soulever le voile du mystère sans se taper lire les 700 pages pleines de rebondissements qui feraient pâlir d’angoise les résidentes de Wisteria Lane, je vais lâcher le morceau.
Les femmes sont des princesses et les hommes sont des princes. De pauvres princesses comme cendrillon, des méchantes reines comme la belle-mère de Blanche Neige, des rois bienveillants et forts, des princes charmants et des rois vils. Voilà. C’était simple.
Bon, j’admets que je pousse le sarcasme un peu loin. Ce n’est pas mal écrit. C’est fluide. C’est plaisant.Mais c’est aussi d’une naïveté confondante. Je n’exagère pas dans mon analogie de conte de fées. L’héroïne principale est une femme pataude, intello, délaissée par son mari, sans le sou qui, à l’instar de Cendrillon, va battre le mauvais sort à l’aides de quelques amis friqués (les fées). Sa soeur est une femme magnifique mais frivole, riche mais seule, propère mais creuse. Leur mère (la marâtre) est une femme avide et sèche qui préfère la belle à la souillon. Elle se repose sur la fortume d’un riche commerçant (le roi bienveillant) qu’elle enferme dans ses griffes.
J’avoue ne pas comprendre la raison du succès de Pancol. Ce n’est pas vide ni creux comme un série télévisée française. Ce n’est pas aussi rythmé qu’un thriller américain. Ce ne sont pas des personnages dont le lecteur peut se sentir proche. Le style est correct sans être renversant. C’est d’abord et surtout naïf.
Je ne résiste pas à l’envie de citer une courte phrase qui, à mon sens, résume le ton du roman. Il n’a aucun sens hors contexte mais je suis resté bouche bée en lisant la réplique. La société américaine résumée par Pancol. Notez la profondeur de la forme ( boue médiatique) et du fond (je me demande combien de justiciables américains viennent devant le juge en avouant avoir noyé un bébé pour ne pas encourir les foudres de la justice en affirmant que c’était simplement pour le rendre plus propre).
- Elle avait commis un véritable crime aux yeux de la loi américaine qui ne plaisante pas avec les menteurs. C’est le crime suprême là-bas.
- C’est pour ça que Clinton a été traîné dans la boue médiatique…
Add comment 6 septembre 2009
Pertes et fracas – Jonathan Tropper
Tropper m’a mis les larmes aux yeux avec son Livre de Joe. Tropper est un surdoué de l’écriture et, comme beaucoup de surdoués, c’est aussi un paresseux. Pertes et fracas est le troisième livre que je lis de lui et je ne cache pas une certaine lassitude envers ses personnages interchangeables partageant les mêmes failles et le même sens de la répartie.
Dans le Livre de Joe, un écrivain à succès revenait dans son bled d’origine pour faire face à son passé et apaiser ses relations avec son père mourant et l’amertume de son frère. Dans son second roman (Tout peut arriver), un jeune Yuppie se démenait avec un père fantasque et un frère simple d’esprit. Dans Pertes et fracas, un jeune chroniqueur à succès (je vais finir par croire que tout le monde est jeune et riche à NY) fait face à son veuvage, à un beau fils qui pourrait être son frère, une soeur jumelle en pleine crise de couple et un père qui perd la boule.
On a tous ses obsessions mais je trouve plus que dommage de gâcher un tel talent à ressasser perpétuellement la même histoire. Car Tropper à un talent fou. On lit ses 400 pages en un clin d’oeil mais sans ressentir autre chose qu’un vague sourire qui vient flotter par moment sur nos lèvres lorsque le narrateur lâche une observation particulièrement bien ciselée.
J’ai l’impression que Tropper est victime d’une sorte de Syndrôme Nick Hornby. Hornby avait écrit un magnifique Haute Fidélité (jetez-vous sur ce livre si vous avez la chance de ne pas encore l’avoir lu) mais, au fil de ses romans, la qualité se dégrade quasi continuellement et chaque opus est plus ennuyeux que le précédent.
Dommage.
5 comments 25 août 2009
Pig Island – Mo Hayder
Comme j’ai déjà pu l’écrire, j’ai lu énormément de polar et thrillers étant plus jeune. Adolescent, je dévorais les Stephen King, la collection ‘Suspense’ de chez Albin Michel mais aussi les aventures de Maigret et les désuets Agatha Christie. Ce préambule pour écrire que d’après moi, les mécanismes de ces intrigues sont souvent similaires. Il y a deux grand schémas utilisés par les romanciers du genre. C’est plus qu’un ensemble de code à respecter, c’est juste qu’on n’a plus inventé grand-chose depuis Conan Doyle. Soit il s’agit d’un personnage récurrent à la vie privée hors norme (Holmes, Poirot, Marple, Maigret, Wallander, Rebus, Blomkvist, …) ou nous avons affaire à un serial killer sadique (genre de loin le plus répandu).
Dans Pig Island, Mo Hayder nous plonge dans une atmosphère que j’avais oubliée. Une troisième piste rarement suivie par les romanciers modernes. Malgré le ton résolument actuel, le ton et l’intrigue me font résolument penser à Edgar Poe. On est dans une horreur suggérée et implacable. Les coups de théâtre se succèdent sans brusquer le lecteur. On ne comprend pas trop les obsessions du héros. L’histoire s’articule autour d’une île battue par les vents, ancienne décharge de produits toxique, hantée par des cochons et dont la population se résume à une secte qui réprouve la médecine. Le héros est un journaliste qui traque les arnaques des mystères tels que les vierges qui pleurent ou les yétis du Tibet. Il boit trop, son couple bat de l’aile. On pense qu’on se dirige tout droit vers un de ces personnages récurrents que j’ai cité plus haut. Mo Hayder transcende les codes avec un style fluide et direct pour distiller une tension permanente. S’il ne s’agit pas d’un bouquin qui va modifier votre point de vue sur les problèmes du monde, il vous fera passer un excellent moment.
Add comment 19 août 2009
Terroriste – John Updike

Un grand livre
J’ai un peu de mal à parler de ce livre comme d’un roman. John Updike a écrit un essai sur le terrorisme en le travestissant d’une intrigue pour lui donner des airs de roman. A l’aide d’une plume vivace et cultivée, il retrace l’histoire d’un jeune homme qui accepte une mission suicide pour commettre un attentat à New York.
L’auteur contemple l’Amérique à travers les yeux des protagonistes de son intrigue assez légère mais bâtie sur des fondations extrêmement solides. C’est ainsi que le vieux professeur athée d’origine juive porte un regard nostalgique sur le pays de sa jeunesse ou qu’un jeune homme mi-arabe mi-irlandais s’investi dans sa Foi musulmane comme un jardinier place un tuteur pour que sa plante pousse bien droit. Dans une petite ville dont l’avenir est derrière elle et dans une Amérique dont les valeurs se limitent au consumérisme et à l’argent, peu d’options sont à la portée de sa jeunesse. Le jeune lycéen en quête d’identité en quête de valeurs se retranche dans la Foi.
John Updike brosse un portrait très sombre d’une Amérique qui aurait perdu ses repères. De longues et passionnantes digressions appuient son propos dans un langue magnifique quoique parfois baroque. Hormis dans les dialogues, Updike ne sait pas faire de phrase de moins de 10 lignes (j’exagère à peine) ce qui donne un texte souvent magnifique sans être pédant mais qui rend aussi la lecture difficile. Ne tentez pas de lire ce bouquin lorsque que vous n’êtes pas complètement concentré ou trop fatigué pour regarder un nanar à la télévision.
Je n’avais jamais rien lu d’Updike le classant inconsciemment d’une manière totalement arbitraire dans la catégorie des auteurs intellos pontifiants (à côté de BHL). Je ne saurais trop vous recommander ce livre pour le regard qu’il porte sur notre civilisation. Le trait peut parfois être caricatural mais il est absolument lucide sur le fond.
1 comment 18 août 2009
Les tribulations d’une caissière – Anna Sam
Voici quelques années, j’avais lu dans un magazine un article sur cette caissière qui du haut de son bac+5 portait un regard décalé sur son métier. Je m’étais dit que l’angle était vraiment intéressant. Je le pense toujours bien que je sais maintenant qu’un bon sujet ne suffit pas à faire un bon livre.
Il ne s’agit d’ailleurs pas d’un livre à proprement parler mais d’un blog imprimé. La nuance pèse lourd dès les premières pages. Il n’y a pas de fil conducteur, le ton est direct et le propos ne s’appuie sur aucune trame solide. Anna Sam enfile des tranches de vie et des coups de gueule mais elle n’écrit pas de livre. Bien qu’elle ne cesse de mettre en exergue la licence en littérature, son style est d’une pauvreté agaçante. Mais là ne réside pas la vraie faiblesse du bouquin. En effet, si ses expériences vécues dérrière une caisse peuvent parfois toucher, le ton reste désincarné. Elle passe très vite sur les raisons qui l’ont poussé à prendre ce job et surtout à le garder huit ans alors qu’elle se plaint à longueur de pages de la frustration de n’être qu’une caissière. Le complexe d’infériorité qui se dégage n’a d’égal que la vague mysanthropie qu’elle éprouve envers ses clients ou ses supérieurs hiérarchiques. Elle déverse ses flots d’amertume sur tout le monde excepté ses collègues. On ne comprend pas qu’elle garde un job aussi pourri aussi longtemps avec un si beau diplôme. On le comprend d’autant moins qu’elle ne parle à aucun moment des caissières si ce n’est pour dire que c’est un métier difficile et que tout le monde les déteste. Surtout elle. Selon elle, passer du statut de caissière à celui d’auteure est comme passer du stade de la chrysalide à celui de beau papillon. Un conte de fée. Une dissonance entre le propos du livre et sa conclusion qui le rend d’autant plus supportable. Cette Anna Sam est un des rare auteurs avec qui je n’aimerait pas discuter plus avant de son oeuvre. Après avoir lu son bouquin, j’ai l’image d’une femme aigrie et mal dans sa peau qui fait passer tous les clients pour des goujats, des bêtes ou des abrutis. Si on la suit, seule Anna Sam est à sauver lors du prochain déluge.
1 comment 12 juillet 2009
Hortense et Queenie – Andrea Levy
En Jamaïque, dans les années 30, Hortense est une métisse qui ne doit sa bonne éducation qu’à la culpabilité de la famille de son père, un Anglais notable de la colonie. Sa prestance n’a d’égale que sa suffisance.Gilbert est un noir Jamaïcain qui s’engage pour défendre la Mère Patrie. Il se rendra vite compte que l’Angleterre qu’il croyait si bien connaître a bien du mal à reconnaître ses fils de couleur. Queenie est la fille d’une petite famille bourgeoise de la campagne anglaise sans beaucoup d’éducation mais avec beaucoup de personnalité. Bernard est un anglais petit employé de banque qui prend soin de son père rendu fou par la première guerre mondiale.
Cela vous est sûrement déjà arrivé. On vous recommande un bon petit resto. Un truc vraiment sympa. Un troquet dont tous vos amis parlent avec ravissement. Lorsque vous vous y rendez, le décors est sympa, l’accueil est chaleureux. Lorsqu’on vous sert, le plat semble délicieux. Mais rien ne va. Vous ne vous sentez pas à votre place, le plat est trop épicé, ou pas assez, ou c’est vous qui n’êtes pas dans l’humeur. Le repas se traîne et vous ne pensez qu’à payer l’addition, sourire au chef et vous tirer de là. Ce n’était pas le bon jour. Vous auriez mieux fait de manger votre reste de pâtes à la maison.
C’est à ce genre de mésaventure que je pense en terminant les aventures d’Hortense et Queenie. Il est vraiment très bien. Je n’hésiterais pas à le recommander mais … il y a un je-ne-sais-quoi qui m’a fait traîner ce roman pendant près de deux semaines. Je suis incapable de mettre le doigt dessus. C’est peut-être une simple question d’état d’esprit.
L’auteur croise habilement les intrigues entre les différents protagonistes et entre les différentes périodes historiques. On saute régulièrement le la réalité qui précède la deuxième guerre mondiale au monde qu’elle a laissé en se terminant. Le style est facile et sans sophistication excessive.
Au final, j’ai un sentiment d’inachevé. Peut-être est-ce la densité du roman. La richesse des personnages méritait probablement un livre pour chacun d’entre eux. Il y a tant de sujets développés que certains ne sont pas assez aboutis à mon goût. Je réalise en écrivant ce billet que je me sens incapable de résumer le livre en quelques mots. Incapable de dire de quoi il parle vraiment.
Add comment 28 juin 2009
Antéchrista – Amélie Nothomb

Un bouquin dont on peut se dispenser
On reproche souvent à Amélie Nothomb d’écrire des romans trop courts. A la lecture d’Antéchrista, je ne vois pas comment une idée aussi légère aurait pu soutenir un texte plus lourd. Le roman parle de la soumission d’une jeune fille à une autre qui telle une jeune incarnation de Janus adopte un comportement revêche ou adorable selon qu’elle s’adresse à sa victime ou à ses proches.
Le thème de la submersion dans la domination semble relever de la prédilection pour Amélie Nothomb. Elle l’avait abordé sous une forme plus positive dans les deux seuls autres romans que j’ai lu/vu (Stupeurs et tremblements et Les catilinaires). Je dois dire que je ne vois pas trop ce que celui-ci apporte de plus.
Le style délié de l’auteure est rythmé par des dialogues brillants mais artificiels. A aucun moment, je ne me suis enti proche des personnages. On dirait une pièce de théâtre mal jouée.
Le meilleur atout du bouquin est la vitesse à laquelle on le lit. Un moyen de passer une soirée ou un après-midi pluvieux.
Dispensable.
Add comment 14 mai 2009
Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil – Haruki Murakami

Indispensable à votre bibliothèque
Quel beau livre! Je me retrouve un peu idiot à poser un commentaire forcément insignifiant par rapport à l’écriture de Murakami.
C’est le genre de bouquin qui me fait plaindre les gens qui ont décrété qu’ils n’aimaient pas lire ou qu’il n’en avaient jamais le temps. Comment peut-on se priver d’une telle gourmandise? Deux cents pages de pur bonheur.
Voilà un roman où il ne se passe quasiment rien. L’intrigue se résume à un trentenaire qui retrouve une amie d’enfance dont il était amoureux. Pas forcément un sujet fascinant. Je ne pense pas que je l’aurais lu si une amie ne me l’avait offert. Et pourtant, l’écriture pleine de simplicité de Murakami transcende l’intrigue et nous laisse groggy à chaque fin de chapitre.
Je ne connais rien au Jazz et Murakami donne plusieurs clefs pour souligner le parallélisme de son texte avec un air de Jazz. Bien que je ne connaisse rien à ce style musical, j’ai très vite senti un rythme particulier qui me rappelait un vieil air de blues. L’auteur joue des phrase comme un vieux bluesman de sa guitare. Un style à la fois syncopé et mélancolique qui emporte le lecteur dans un tourbillon de sentiments.
C’est également un roman très masculin. Au sens où les doutes, les peurs et les envies du narrateurs sonnent toujours juste. Pour une fois l’homme n’est pas décrit comme une héros (machoire carrée, larges épaule, sûr de lui, …) ou un lâche (épaules tombantes, regard fuyant, chétif, …) mais comme un être humain avec ses forces et ses faiblesses.
Un dernier point plus anecdotique m’a frappé. L’intrigue se déroule au Japon et le texte est écrit par un Japonais mais l’ensemble parait tellement universel qu’à quelques détails près, cela pourrait se passer à Bruxelles ou à Lyon. On est très loin des stéréotypes asiatiques.
Magnifique.
Que ceux qui n’ont pas encore lu ce livre nous quittent pour venir nous en parler après l’avoir lu. Pour les autres, j’aimerais connaître votre sentiment sur la réalité de l’existence de Shimamoto-San. Est-elle la maîtresse retrouvée ou est-elle l’incarnation des regrets et des remords de Hajime? Je n’arrive pas à me décider.
4 comments 13 mai 2009
Les arpenteurs du monde – Daniel Kehlmann

Les arpenteurs du monde - Daniel Kehlmann
Un vieux mathématicien génial et misanthrope rencontre un vieil explorateur égocentrique goutant sa gloire fondées sur ses découvertes passées. Gauss rencontre Humboldt. Le prince des mathématiques rencontre le découvreur de l’Amérique du sud. Ces deux gloires allemandes de la science dévoilent leurs personnalités au gré de leurs succès et de leurs faiblesses dans des chapitres organisés en quinconce. On suit l’évolution de Humboldt que l’on quitte pour Gauss. L’un parcourt le monde, l’autre déteste voyager. Tous deux d’une manière singulière mesurent leur univers.
Si le roman est d’une belle érudition, je n’ai vraiment pas pu m’attacher aux personnages. C’est fort bien écrit mais c’est beaucoup trop impersonnel (ce qui est un comble pour des personnages réels aussi colorés). Peut-être est-ce du à mon humeur au moment de le lire, peut-être est-ce à cause de l’imparfait constamment sollicité par Daniel Kehlmann mais j’ai peiné à finir ce petit bouquin. Il parait que Daniel Kehlmann est considéré comme un auteur génial en Allemagne. J’avoue ma perplexité. Je pense que l’idée, le contexte et les personnages auraient mérité un meilleur traitement.
Add comment 10 avril 2009
Extrêmement fort et incroyablement près – Jonathan Safran Foer
J’avais déjà soupesé ce bouquin de nombreuses fois avant de me le faire recommander par une lectrice de ce blog. Si j’hésitais tant à franchir le pas alors que le livre me tentait, c’est parce que le contexte dans lequel le roman se déroule est celui du post-11 septembre à New York. D’une manière générale, je fais un rejet sur les grands malheurs rabâchés des milliers de fois à longueur de roman. C’est ainsi que je me suis tapé (!) le millier de page des Bienveillantes de Johnathan Littel mais que Si c’est un homme de Primo Levi prend la poussière sur l’étagère à lire de ma bibliothèque. Chaque fois que je le prends en main, j’ai l’angoisse de la déprime qui alourdit ce tout petit livre au point que je le repose tout de suite. C’est conscient de ce paradoxe et rassuré par Reka que j’ai entamé ce livre.
Oskar est un gamin un peu trop intelligent et beaucoup trop angoissé. A 11 ans, il est orphelin de son père mort dans les Twin Towers lors des attentats du 11 septembre. Deux ans plus tard, il découvre une clef dans les affaires personnelles de son père avec pour seul indice le mot “Black” écrit au dos de l’enveloppe qui contenait la clef. Oskar va se lancer dans la quête de la serrure qui correspond à la clef.
Il serait vraiment dommage de réduire ce roman à ce simple fil conducteur. C’est d’abord un roman à propos de l’amour de l’incapacité à l’exprimer, de l’absence et du pouvoir des mots. Oskar va rencontrer une vraie diaspora de Black dans tout New York qui lui apporteront tous quelque chose. La famille d’Oskar est la vraie colonne vertébrale du roman avec le grand père qui a perdu l’usage de la parole mot par mot qui compense en écrivant des lettres qu’il n’envoie jamais. Sa mère qui se remet trop vite de la perte de son mari au goût de son fils. Son père dont l’absence est trop lourde à porter. Sa grand mère qui pleure encore la supercherie de l’amour qu’elle n’a pu recevoir.
Enfin, il convient de souligner l’incroyable talent de Jonathan Safran Foer. C’est proprement époustouflant. Il est difficile de réellement décrire les procédés littéraires utilisés sans trop dévoiler l’intrigue mais sachez que la mise en page, les illustration voire les fautes d’orthographe font partie intégrante du récit. La poésie et la cohésion qui s’en dégage révèle une maîtrise de l’écriture absolument formidable.
Toutefois, cette maestria est peut-être également le principal défaut du roman. Peut-être est-ce le sujet qui m’a filé le bourdon, peut-être est-ce ma stupéfaction devant l’incroyable prouesse romanesque (je sais que je me répète mais le livre vaut d’être lu rien pour apprécier la cohérence d’un récit où tout n’est pas écrit), peut-être étais-je fatigué. Toujours est-il que je me suis plus attaché au style de l’auteur qu’à ses personnages. J’ai mis une dizaine de jour à le lire en repoussant presqu’inconsciemment le moment où je reprendrais le cours du récit. C’est un peu comme se trouver devant une peinture d’un grand maître dans un musée. On est fasciné par la technique et la manière dont les couleurs s’expriment mais on on n’en voudrait pas dans son salon.
3 comments 13 mars 2009
L’élégance du hérisson – Muriel Barbery
Alors que ce livre est sorti dans un quasi anonymat, le bouche-à-oreille en a fait un gros succès de librairie. Emporté par la vague (et sans doute aussi par veulerie), c’est avec un enthousiasme mêlé de l’appréhension de la déception que j’en ai débuté la lecture.
Madame Michel est la concierge d’un immeuble cossu du centre de Paris qui côtoie les riches résidents avec beaucoup de circonspection. Paloma est une jeune adolescente de 12 ans habitant l’immeuble qui partage deux singularité avec la concierge. Elles sont toutes deux dotées d’une grande intelligence et, pour des raisons différentes, font tout pour la cacher. Mme Michel cultive tous les stéréotypes de la concierge pour la galerie (revêche, mal fagotée, pauvreté du vocabulaire, télévision allumée en permanence, …) alors qu’elle lit Tolstoï et Kant lorsqu’elle est sûre d’être seule. Paloma prend garde a avoir des notes correctes à l’école et tient un journal où elle traque les moments de beauté avant le suicide qu’elle a planifié pour ses 13 ans avant de succomber à la médiocrité générale.
La langue de Muriel Barbery est très belle. Trop belle même. Si les beaux mots se succèdent, la dénonciation de la médiocrités des élites ressemble à une forme de snobisme à rebours. De surcroît, cette attitude très marquée par l’élitisme à la française que l’auteur se plaît à vilipender consiste justement à privilégier le texte comme forme d’intelligence et de raffinement. Est intelligent celui ou celle qui peut discourir doctement sur tout sujet digne d’intérêt. Barbery ne semble pas se rendre compte qu’elle participe au mouvement qu’elle dénonce. Le conservatisme culturel français mène à impasses nombrilistes voir à un conservatisme social avéré.
Au final, mon impression est assez mitigée. Un beau texte parfois drôle, parfois touchant, souvent méchant qui pêche par excès de vanité.
1 comment 17 février 2009
Millenium – Tome 3 – La reine dans le palais des courants d’air – Stieg Larsson

- La reine dans le palais des courants d’air
On a déjà tout dit sur ce triptyque. Trois romans à suspense écrit par un journaliste suédois engagé mort quelques jours après avoir remis le dernier manuscrit. Quasiment 1700 pages qu’on dévore sans répit.
D’après moi, le succès tient non seulement au sujet parfaitement maîtrisé mais aussi aux personnages très originaux qui sont tous bien développés. La mort de Stieg Larsson nous prive de Mikael Blomkvist et Lisbeth Salander qui auraient pu encore nous faire vibrer pendant bien d’autres mésaventures. On aime aussi l’exotisme que représente pour nous la Suède et son contexte historique et politique. Cela change des thrillers habituels beaucoup trop souvent situés de l’autre côté de l’Atlantique.
Il y a en fait deux romans. Le premier tome est une histoire qui revisite le thème de la chambre close alors que les deux derniers forment un bloc unique qui s’étend sur plus de 1000 pages et qui dévoile un vaste complot au sommet de l’état en impliquant les services secrets.
Le style est très maîtrisé même si on se lasse de quelques tics d’écritures au bout des trois briques. On sent aussi que l’auteur aurait aimé être Mikael Blomkvist. Le héros partage beaucoup de la biographie de Stieg Larson et la bienveillance qu’il éprouve envers les petits travers et la loyauté qui confine à la psychorigidité de Blomkvist doit avoir un écho personnel pour l’auteur.
Enfin, personnellement, j’ai aimé le fait que Stieg Larsson prenne le temps de se documenter sur les aspects informatiques qui occupent une place importante dans les trois tomes. Pour une fois, le lecteur n’est pas pris pour un idiot et, sans noyer le récit dans des détails assommants, il reste dans le domaine du techniquement plausible. C’est suffisamment rare pour être souligné. Rien ne m’énerve plus que les fictions qui nous baratinent de termes techniques qui n’ont aucun sens dans le contexte où ils sont exprimés.
Je conseille à tous de se jeter sur ces livres. Pour une fois, le succès est mérité et ne relève pas d’un buzz marketing bien construit mais sur un bouche à oreille flatteur. Cela prouve que les éditeurs auraient tout à gagner à prendre la peine de tenir à l’oeil les succès littéraires des pays qui ne font pas partie de la sphère anglo-saxonne.
Add comment 29 janvier 2009
Chroniques d’Edimbourg (tome 1): 44 Scotland Street – Alexander McCall Smith
Dans sa préface, l’auteur déclare d’emblée que l’idée d’une chronique lui est venue lors de sa rencontre avec Armistead Maupin qui s’est rendu célèbre avec les Chroniques de San Francisco. On a vraiment l’impression qu’il a poussé l’adaptation très loin que la traduction française se nomme Chroniques d’Edimbourg. Tout y est, la fraicheur en moins.
Le livre relate les aventures et les atermoiement des résidents du 44 Scotland Street à Edimbourg. Etonnant non?! aurait pu s’exclamer Pierre Desproges? Dans cet immeuble se côtoient une jeune ingénue, une vieille anthropologue, un enfant surdoué, un bellâtre narcissique, une mère tyrannique, etc … qui croisent d’autres personnages tout aussi caricaturaux dans un ville dont l’auteur semble sincèrement amoureux. Le trait est tellement forci qu’il en perd de sa pertinence. Tous les personnages sans exception sont au mieux excentriques, au pire imbéciles. Alexander McCall Smith colle tellement à la technique de Maupin que la comparaison se révèle cruelle. Le rôle central tenue par une jeune femme assez innocente au passé flou tient de l’hommage malheureux ou du plagiat selon votre humeur. En outre, là où Armistead Maupin développe plusieurs intrigues croisées dans chacun des ses tomes, j’ai eu à plusieurs reprise l’impression que McCall Smith ne savait pas quoi faire des ses personnages. Les intrigues retombent comme des soufflés ratés ou ne seront vraisemblablement développées que dans les volumes suivants. Ce qui s’avère frustrant pour le lecteur.
Cela écrit, tout n’est pas à jeter. Le rythme est plaisant et l’auteur donne réellement envie de visiter Edimbourg. La ville est sans conteste le personnage le plus réussi du livre.
Add comment 18 janvier 2009
Le bizarre incident du chien pendant la nuit – Mark Haddon
Encore un livre précédé d’une excellente réputation. Encore une déception.
L’auteur se met dans la peau d’un jeune autiste doué pour les mathématiques. Il compte mettre son sens du détail à profit pour résoudre l’énigme du chien de la voisine assassiné pendant la nuit. S’ensuit un ensemble de révélations sur l’univers dans lequel évolue l’adolescent. On perçoit également les remous qu’engendre la maladie pour les proches.
Bien que l’auteur semble bien documenté et mis à part le côté Rain Man du sujet, on ne peux s’empêcher d’être heurté par la pauvreté de l’écriture. C’est écrit à la première personne et un autiste ne saurait faire preuve de style élégant et fluide mais c’est assez désagréable à lire. En outre, le simplisme de l’intrigue me fait penser à un film pour ados en mal de romantisme.
A déconseiller aux plus de 16 ans.
4 comments 19 décembre 2008
Le monde selon Garp – John Irving
Ce livre me laisse pensif. J’ai passé un bon moment avec lui mais je n’arrive pas à comprendre le parfum de culte qui le précède. Lorsque j’ai mentionné à mon entourage que je le lisais, tous ceux qui l’avaient lu levaient les yeux, accrochaient un sourire à leurs lèvres et avaient des trémolos dans la voix en en parlant.
Pas moi. C’est un bon livre. Sans plus. Bien construit et agréable à lire, s’il m’a agréablement distrait, il n’a pas réussi à me toucher.
Les clefs de lectures foisonnent: c’est un roman ayant une construction littéraire solide. Le livre se présente sous la forme d’une biographie fictionnelle mais, à mon avis, il s’agit plutôt d’une longue mise en abîme (un des livres écrit par le personnage principal se nomme Le monde selon Bensenhaver. Garp est un écrivain qui ne cesse de clamer qu’il n’écrit rien d’autobiographique malgré le fait que les longs extraits de ses oeuvres fassent directement référence à sa vie. Dans sa préface, l’auteur se morfond à l’idée que son roman est horriblement moralisateur. En effet, l’un des principaux thèmes exploités est la concupiscence. Tous les personnages qui ont éprouvé une forme quelconque de désir inavouable se retrouve puni par le destin. Malgré cela, je doute fort que John Irving se retrouve un jour comme livre de référence dans un école catholique. L’angoisse, la concupiscence, la violence sont tous abordés à travers le prisme de l’excentricité ou de l’outrancier.
Pour moi, ce livre me rappelle quelques bon bouquins de David Lodge qui mets souvent ses personnages vaguements autobiographiques dans des situations de marivaudages qui frôlent le grotesque. Toutefois, aucun livre de Lodge ne respire cette ambiance d’angoissante vanité de Garp.
Une fois encore, j’ai beaucoup aimé ce livre mais ma réaction va plutôt à l’encontre de sa réputation. C’est un bon roman avec des qualités littéraires indéniables mais qui, à l’instar de son titre, est d’une incroyable prétention.
Add comment 7 décembre 2008
Tout peut arriver – Jonathan Tropper

Bon, j’admets que je n’ai pas trouvé le nom de mon blog complètement par hasard. La vérité c’est que j’ai ce livre sur mon étagère depuis plusieurs mois. La raison pour laquelle j’ai trainé à en entreprendre la lecture est son prédécesseur. Le livre de Joe (c’est son nom), du même auteur, est un roman bouleversant et drôle à la fois qui a tracé un heureux sillon dans ma façon de percevoir les choses. A lire absolument. Je suis stupéfait que ce livre n’est pas plus connu. Si vous avez aimé Haute fidélité de Nick Hornby, vous adorerez.
Donc, j’avais peur de lire un autre livre de Tropper. Peur d’être déçu mais excité à l’idée de retrouver cette écriture vivifiante et pleine d’humour. Je dois reconnaître que le bilan est mitigé. Le livre est excellent et Tropper n’a rien perdu de style mais j’ai la sensation que le souffle du roman est moins maitrisé. Peut-être est-ce dû à mes hautes espérances. Là où j’avais eu les larmes aux yeux en refermant le livre précédant, je n’ai eu que (!) la satisfaction qu’on éprouve en refermant un bon roman. Une émotion pour le premier, un souvenir pour celui-ci.
Les thèmes abordés sont assez proche à ceux du Livre de Joe: un homme à qui tout réussi n’est pas heureux pour autant et c’est en faisant la paix avec un passé trop longtemps oblitéré que vient la délivrance. C’est une célébration des liens familiaux, une lutte contre le destin, une acceptation du pardon et une lutte contre soi-même pour trouver le bonheur. C’est assez ravigotant et je vous le conseille sans hésitation mais uniquement si vous avez déjà lu le Livre de Joe.
2 comments 3 septembre 2008
Eureka Street – Robert McLiam Wilson
Ne jugez jamais un livre à sa couverture.
C’est un précepte auquel j’essaie de me conformer. Lorsque je choisi un livre, je parcours le quatrième de couverture en diagonale et je lis une page – souvent la première – pour voir si j’ai envie de la tourner pour lire la suite. C’est un beau principe mais il est biaisé par nature: qu’est qui me pousse à ouvrir tel bouquin plutôt que tel autre? La couverture. On tourne en rond.
Ce préambule pour vous demander de ne pas vous arrêter à la photographie tristounette qui illustre le livre. Elle ne lui rend ni hommage ni service. J’avais eu ce bouquin en main plusieurs fois avant qu’on ne me l’offre. Je suppose que je ne l’avais pas acheté parce que rebuté par la couverture et le sujet. Je déteste les histoires qui me dépriment. Quoi de plus déprimant que des Irlandais célibataires qui dépensent le peu qu’ils ont à se beurrer dans des pubs minables pendant que la ville vit au rythmes d’attentats d’une guerre à laquelle je n’ai jamais rien compris?
Ne jugez jamais un livre à sa couverture.
Tout d’abord ce livre est très drôle. Au point d’éclater de rire en lisant certains passages. Avez-vous déjà éclaté de rire seul devant votre bouquin dans un train de navetteurs? C’est réjouissant, légèrement embarrassant et singulièrement trop rare! L’auteur a une plume qui me rappelle le Nick Hornby de Haute Fidélité. Les petits évènements de la vie quotidiennes deviennent burlesques. Les dialogues entre les protagonistes sont tendres ou acérés selon leurs affinités réciproques. McLiam-Wilson aime ses personnages. On sent qu’ils sont pour lui plus que de simples rouages de son roman. Ils sont le roman.
Ensuite, ce livre est passionnant. L’attachement de l’auteur à ses personnages est contagieux. Nous avons envie de tourner la page pour savoir ce qui va arriver au pauvre Jake-le-coeur-brisé ou à Chuckie-plein-aux-as.
Enfin, ce roman vous force à regarder les actualités avec un autre oeil. L’action se déroule dans un Belfast accoutumé à la violence entre les groupes terroristes religieux. A l’imbécilité de l’administration. A l’horizon économique plat. A l’absurdité d’une guerre qui tient plus du banditisme que de la politique. Quasiment tous les personnages principaux ont grandi dans cette atmosphère de plomb. Tous ont une histoire qui est plus ou moins intimement aux évènements d’Irlande du Nord.
Au milieu du roman se trouve un court chapitre qui, bien que servant d’axe au récit, pourrait être lu indépendamment du roman. Il évoque la cruauté et l’absurdité d’un attentat terroriste. Ces quelques pages m’ont vraiment bouleversé. On est tellement gavé d’image d’attentats (Gaza: combien de morts aujourd’hui?) qu’on en oublie les vies brisées, la bêtise des auteurs. L’inutilité.
En tant que Belge, j’ai également beaucoup aimé la partie qui se déroule aux États-Unis. La manière dont les médias US relatent le problème irlandais est vraiment similaire à ce que les Français comprennent de nos problèmes communautaires. Il faut en retenir que les médias simplifient toujours! Rappelez-vous en lorsque vous verrez la prochaine émeute. La prochaine élection qui tourne mal, … Les médias font ce qu’ils peuvent mais on ne peut résumer l’histoire des frictions d’une nation en quelques images. Bien que nos problèmes soient nettement moins tragiques, ils ont des racines aussi anciennes. Comme en Irlande, nous payons des frustrations séculaires, des incompréhensions entretenues par quelques factions. Comme en Irlande, nous voulons juste profiter de la vie.
Un très beau cadeau.
Add comment 4 août 2008
American Psycho – Brett Easton Ellis
Ce livre est vraiment un cas à part. Un bijou. Un diamant au tranchant dangereux. Une merveille pleine d’horreurs.
Il est très malaisé de relater l’intrigue sans dévoiler le mécanisme qui fait vraiment le sel du roman. Disons qu’il a le New york des années 80 pour cadre. Le personnage principal est un archétype du yuppie. Il est superficiel, riche, terrorisé.
American Psycho était un livre de commande: un éditeur a demandé à Brett Easton Ellis d’écrire un roman sur un serial Killer (sans doute pour surfer sur la vague Hannibal Lecter des années 90). Lorsque l’éditeur a lu le script, il a renoncé à l’avance versée à l’auteur car il n’osait pas publier un livre recelant des scènes aussi atroces. Ce livre a bien failli ne jamais être publié.
Je n’ai pas envie de parler des meutres tous plus horribles les uns que les autres pour la simple raison qu’il est difficile de départager le fantasme de la réalité. Les procédés stylistiques utilisés par l’auteur servent véritablement l’histoire et son propos. Le style devient de plus en plus chaotique et incohérent au fur et à mesure que l’intrigue se développe.
Les chapitres sont entrecoupés de critiques de groupes phares des années 80 qui ne feraient pas tache dans les Incrokuptibles. Ce qui s’avère déroutant la première fois que vous le lisez (mais qu’est-ce que ça vient faire ici ??) amplifie davantage le sentiment d’irréalité et rend la violence du récit plus horrible et improbable à la fois. A noter que la traduction est absolument remarquable: un texte qui repose autant sur les figures stylistiques doit représenter un défi de taille pour un traducteur.
Comme souvent lorsqu’un livre a du succès, il a été adapté pour en faire un film. Je le mentionne car je crois que c’est un cas d’école. Il démontre la différence fondamentale des deux médias. Le film dépeint un serial killer violent et psychotique alors que je suis absolument persuadé que ce n’est absolument pas le propos du livre. Le film n’est pas mauvais mais c’est un peu comme dire que le chaperon rouge parle d’une petite fille imprudente. Le film est d’une superficialité affolante par rapport au livre. Totalement dispensable mais intéressant à comparer avec le livre après sa lecture.
Un véritable chef d’oeuvre. J’ai essayé de lire d’autres livres de Brett Easton Ellis. Ils me sont tous tombés des mains. J’ai vraiment la conviction qu’American Psycho est une oeuvre à part. Il ne s’agit ni de son premier ni de son dernir roman (Luna Park – Je ne suis pas arrivé au bout). Ce n’est ni un accident, ni un aboutissement. C’est un coup de génie.
Add comment 1 août 2008
J’aurais préféré vivre – Thierry Cohen
Un post-adolescent (il a 20 ans) ne supporte pas de se faire rejeter par son amour d’enfance après s’être enfin déclaré auprès d’elle. Il se suicide aux barbituriques.
S’ensuit une succession de journées à contretemps. Pendant qu’une autre conscience -un autre lui-même- continue de vivre sa vie, lui se réveille de temps à autres et toujours à l’un de ses anniversaires. A chaque fois il doit se faire à la nouvelle vie que l’autre construit pour lui.
Je trouve l’idée excellente (c’est la raison pour laquelle j’ai acheté le livre). Elle est traitée comme une parabole écrite par un témoin de jéovah en manque d’inspiration.
Sérieusement, je me suis senti trahi. On achète une histoire qui peut faire réfléchir au temps qui passe, à la vie qu’on construit, aux choix qui façonnent notre existences, aux peines qu’on peut infliger à ses proches, aux bonheurs auxquels on ne profite pas … et on se retrouve avec un manifeste religieux.
C’est une oeuvre inutile: les croyants n’en ont pas besoin (à quoi bon prêcher un convaincu) et les autres se retrouvent coincés dans une théologie de bazar.
J’ai beaucoup de mal à comprendre la raison pour laquelle ce livre est précédé d’une si bonne réputation. Au-delà de la thématique religieuse que je trouve rebutante, le style est plat et pompeux à la fois (une performance).
Dois-je préciser que je n’ai pas aimé?
Add comment 29 juillet 2008
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