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Rendez-vous avec Rama – Arthur C. Clarke
Je lis assez peu de Science-Fiction. A l’instar du polar qui permet de soulever de graves questions par le biais d’une intrigue dont les codes sont attendus par le lecteur, la SF et ses dérogations aux contraintes de la physique et de la technologie actuelle devrait permettre aux romanciers une multitude de thèmes à explorer. Comme c’est un genre que je connais à peine (et principalement grâce au cinéma), je ne lis pratiquement que ce qui est consacré comme des ‘valeurs sûres’ par les amateurs. C’est ainsi que j’ai pu découvrir le monde de Dune, la quête d’Hypérion, les interrogations du Spin, voire, il y a très longtemps le monde du non-A qui m’a laissé un souvenir perplexe. Ces lectures m’ont souvent fascinées par leur univers mais presqu’aussi souvent irritées pour la médiocre qualité de leur écriture. Rendez-vous avec Rama ne fait pas exception à la règle. J’oserais même écrire qu’il illustre parfaitement le constat.
Pour bien comprendre la composante technologique du livre, il convient de resituer l’époque où il a été écrit. C’est-à-dire en 1973, au moment où le programme Apollo touchait à sa fin et que les expéditions vers la Lune devenaient banales. Rama a reçu un excellent accueil et s’est vu attribuer de nombreux prix littéraires lors de sa sortie qui l’ont quasi instantanément propulsés au rang de classique de la littérature SF. L’intrigue n’est pas banale même si elle tourne autour d’un thème récurrent (un objet inconnu à la finalité incertaine). Au début du 22ème siècle, le système solaire a été colonisé par l’homme et, pour se protéger des astéroïdes, un système de surveillance de l’espace a été mis en place. C’est ainsi qu’un objet parfaitement cylindrique d’une taille gigantesque (50 km de longueur et 16 km de diamètre – on ne peut tenir rigueur à Clarke de son manque de précision) est détecté. Une expédition est rapidement montée pour aller l’explorer l’objet baptisé Rama. L’aspect franchement génial du bouquin est la cohérence de l’univers imaginé par l’auteur. A l’intérieur du cylindre est enfermé un monde mort mais disposant d’une gravité due à la rotation du cylindre. Imaginez un monde où vous marcheriez à l’intérieur d’un cylindre au lieu de l’extérieur d’une sphère (une planète). Tout est chamboulé et toutes les conséquences de ce changement de références géométriques est abordé avec une rigueur presque mathématique.
Cela dit, j’ai vraiment trainé ce bouquin comme un boulet. Si l’imagination d’Arthur C. Clarke ne peut être remise en question, son style est réellement poussif et son intrigue parait plus artificielle que l’objet qu’il décrit à longueur de page. Il y a plus de chaleur humaine dans un article du Monde sur les quotas de pêche que dans tout ce livre. Si on connait précisément les dimensions de Rama, les personnages n’ont même pas l’épaisseur d’une feuille de cigarette.
En ce qui concerne le style, voici un court extrait qui m’a laissé perplexe. Il s’agit d’un paragraphe et il ne fait pas plus sens dans le contexte global du récit. C’est pour moi grammaticalement incompréhensible (j’ai conservé les italiques). Je mets quiconque au défi de m’expliquer la partie soulignée (p. 246):
Il ne restait qu’une seule solution. Chaque atome, jusqu’au dernier, de l’Endeavour, devait être sous l’emrpise d’une quelconque force, et seul un très puissant champs gravitationnel pouvait produire un tel effet. Du moins, aucun autre champs connu…
Rama bousculera votre imagination en vous ennuyant. Un exploit paradoxal.
La souris bleue – Kate Atkinson
Une belle surprise. Je m’attendais à un roman assez contemplatif. Un peu larmoyant pour tout dire. Je n’arrive plus à me rappeler d’où me venait cet a priori mais ce qui est certain, c’est que je n’ai acheté La souris bleue que sur la recommandation du système de suggestion d’Amazon. Il y a quelque chose de vaguement inquiétant dans le fait d’apprécier un livre qui vous a été recommandé par un robot.
Bref.
Le roman traite de plusieurs disparitions dont certaines remontent à plusieurs dizaines d’années sur lesquelles un détective privé (évidement) désabusé amateur de musique country chargé d’enquêter. Sur une trame narrative de forme fort classique, Kate Atkinson construit un roman qui n’a absolument rien d’un polar. Elle suit une ligne du temps complètement désarticulée qui gagne en chaos au fur et à mesure que l’intrigue se développe. Avec sensibilité, l’auteure prend soin de s’éclipser derrière ses personnages qui se révèlent légèrement azimutés mais attachants. Le mélange des genres permet une fluidité au récit qui aurait été difficile à créer sur des thèmes aussi difficiles que la disparition, le deuil, l’amour familial et la difficulté de voir ses enfants grandir.
Le style d’Atkinson est très clair et, si les ellipses dont elle use sont parfois déstabilisantes, elles rendent plus nerveux le rythme du roman. Le fait d’utiliser comme personnage pivot de son roman un détective privé dont les enquêtes se révèlent secondaires chahute agréablement les repères du lecteur. Le regard aiguisé qu’elle porte sur notre société navigue entre l’incompréhension et une légère mélancolie.
Je n’avais jamais entendu parler d’Atkinson auparavant mais je compte bien creuser le reste de son œuvre pour garnir ma bibliothèque.
La maison du bout du monde – Michael Cunningham
C’est drôle comme un livre peut vous enchanter; son style vous émerveiller; son histoire vous surprendre. Lorsque j’ai la chance de tomber sur une pépite ou juste un très bon roman, je suis impatient de partager ma découverte avec mes lecteurs. Lorsque j’ai détesté, je me défoule en espérant que ma hargne en détournera l’un ou l’autre qui mettra à profit le temps gagné pour lire un textes plus excitant.
Pas celui-ci. Une ombre est passée au dessus de mon enthousiasme. Il paraît que La maison du bout du monde a fait un tabac dans tous les pays où il fût traduit. Tant mieux pour l’auteur. Je suis sincèrement heureux pour lui. On sent qu’il le mérite. On éprouve le labeur qu’il a mis dans son ouvrage. Michael Cunningham est probablement un type qui était premier de classe. Un gars qui bossait bien tard pour remettre la copie la plus aboutie. Un bosseur. Pas un génie.
Tout est très bien dans ce livre. C’est très bien écrit. Il y a une belle réflexion sur la nostalgie et la difficulté de communiquer dans une famille. Un beau point de vue aussi sur le fait que quelque soit son mode de vie, on aspire à une certaine forme de banalité. C’est aussi un livre sans relief, sans âme véritable. Sans étincelle.
C’est un roman choral où chaque chapitre est écrit du point de vue subjectif de l’un ou l’autre des personnages principaux de l’intrigue. Il y a la mère de famille névrosée, délaissée et froide. Il y a son fils, ténébreux et légèrement misanthrope. Il y a son ami, qui comme lui, est issu d’une ambiance familiale glauque et pesante. Au fur et à mesure, des trips musicaux et de drogues, au fil des expériences sexuelles qui dépassent le touche-pipi (les gamins se sont connus à 11 ans), des liens ambigus se tissent et se défont lorsque l’un deux part vivre à New York.
J’arrête ici la litanie des étapes qui mènent les deux amis de déboires sexuels, familiaux et sociaux à une aspiration de vie rangée. C’est comme si l’auteur pensait pouvoir combler son manque d’inspiration par la marginalité mal acceptée de ses personnages. Je me suis surpris à plusieurs reprises à revenir lire le titre du chapitre qui annonçait le nom du personnage qui s’exprimerait dans le passage qui suivait. Pour être sûr de bien suivre. J’en avais besoin car le ton, les expressions, la verve et les réflexions étaient étrangement monotone. Que ce soit la mère délaissée, le jeune homo bobo, la femme excentrique qui se voit vieillir, … tous s’expriment et pensent de la même manière. C’est lassant. Bien écrit mais lassant.
Il m’a fallu une bonne semaine pour venir à bout de ce bouquin. Il n’était pas mauvais mais la chimie n’a jamais pris. Il m’a juste paru terne et laborieux.
L’immeuble Yacoubian – Alaa El Aswany
L’immeuble Yacoubian fut contruit à l’époque où Le Caire était quasiment une ville occidentale avec ses communautés diverses qui se cotoyaient. Jusqu’à la fin des années soixante, Le Caire était une ville à la pointe de la modernité où on pouvait écouter du Jazz en buvant un Whisky attablé avec une femme vêtue à l’européenne. En se servant de l’immeuble comme d’un fil rouge, El Aswany dresse un portrait impressioniste de l’Egypte des années 90 en retraçant le contexte historique depuis cette époque. Il est impossible de comprendre le neo radicalisme religieux sans appréhender les diverses étapes qui ont conduit la jeunesse cairote à se confronter à un avenir qui a revetu les atours d’une impasse.
La force de ce roman est le ton résolu et sans concession avec lequel il aborde différents aspects d’une ville qui a un pied dans le modernisme mais dont la société patine faute d’état fort et impartial. Car, selon El Aswany, le fond du problème égyptien est la corruption qui gangrène l’état. Le commerce dépend de la corruption, l’état est pauvre, les fonctionnaires mal payés exigent des pots de vin pour effectuer leur travail. Une économie moribonde mène la jeunesse à faire le choix de la débrouille ou à se tourner vers un islamisme radical qui se pose en rempart contre la déchéance. L’absence de démocratie force la classe à réprimer toute protestation pour ne pas perdre les revenus plantureux de leurs indulgences.
Résumer L’immeuble Yacoubian à un portrait d’une société malade ne lui rendrait pas justice. C’est d’abord un roman passionnant avec des personnages forts et attachants. La constellation de leurs différences et de leurs difficultés donne de la profondeur au propos plus politique de l’auteur.
Intéressant de lire deux bouquins aussi différents que Terroriste d’Updike et celui-ci qui traitent pour une bonne part des mêmes thèmes. Je l’ai reçu en cadeau avec un abonnement et le titre me disait vaguement quelque chose mais sans plus (j’ai appris qu’un film avait été tourné d’après le livre). C’est donc complètement par hasard que j’ai pu faire un parallèle entre les deux. Aucun des deux ne repose complètement sur la montée du sentiment religieux des Musulmans mais tous les deux illustrent les dérives d’une société vacillant sur ses valeurs et confrontée à une instrumentalisation de la foi à des fins politiques.
Pertes et fracas – Jonathan Tropper
Tropper m’a mis les larmes aux yeux avec son Livre de Joe. Tropper est un surdoué de l’écriture et, comme beaucoup de surdoués, c’est aussi un paresseux. Pertes et fracas est le troisième livre que je lis de lui et je ne cache pas une certaine lassitude envers ses personnages interchangeables partageant les mêmes failles et le même sens de la répartie.
Dans le Livre de Joe, un écrivain à succès revenait dans son bled d’origine pour faire face à son passé et apaiser ses relations avec son père mourant et l’amertume de son frère. Dans son second roman (Tout peut arriver), un jeune Yuppie se démenait avec un père fantasque et un frère simple d’esprit. Dans Pertes et fracas, un jeune chroniqueur à succès (je vais finir par croire que tout le monde est jeune et riche à NY) fait face à son veuvage, à un beau fils qui pourrait être son frère, une soeur jumelle en pleine crise de couple et un père qui perd la boule.
On a tous ses obsessions mais je trouve plus que dommage de gâcher un tel talent à ressasser perpétuellement la même histoire. Car Tropper à un talent fou. On lit ses 400 pages en un clin d’oeil mais sans ressentir autre chose qu’un vague sourire qui vient flotter par moment sur nos lèvres lorsque le narrateur lâche une observation particulièrement bien ciselée.
J’ai l’impression que Tropper est victime d’une sorte de Syndrôme Nick Hornby. Hornby avait écrit un magnifique Haute Fidélité (jetez-vous sur ce livre si vous avez la chance de ne pas encore l’avoir lu) mais, au fil de ses romans, la qualité se dégrade quasi continuellement et chaque opus est plus ennuyeux que le précédent.
Dommage.
La chambre des curiosités – Douglas Preston et Lincoln Child

Elémentaire mon cher Pendergast
J’étais au soleil (soupir … je déteste utiliser l’imparfait avec les mots ’soleil’ ou ‘vacances’) et j’avais envie d’un titre distrayant. Cela fait des mois qu’Amazon essayait de me fourguer ce bouquin dans ses recommandations et que je résistais vaillament. J’étais d’autant plus rétif que j’ai lu voici quelques mois Le codex de Douglas Prestion (sans Child) qui ne m’a pas laissé un souvenir impérissable. Bref, malgré tout, je me suis malgré tout laissé tenter et je ne le regrette pas.
Preston et Child ont créé un personnage fantasque et légèrement inquiètant: l’enquêteur Pendergast attaché au FBI. Il est immensément riche, il est immenséement cultivé, il est immensément intelligent, il est immensément anachronique. Difficile de penser que les auteurs ne se sont pas inspiré de Sherlock Holmes.
L’histoire elle-même rappelle les romans de la fin du XIXème siècle avec un enquêteur au comportement bizarre flanqué de faire-valoir qui sont sympathiques au lecteur car ils partagent la même ignorance qu’eux. Le lieu même autour duquel tourne toute l’intrigue concourt également à cette ambiance désuète puisqu’il s’agit du Museum d’histoire naturelle de New York. Je ne crois pas que l’adaptation du roman dans le Londres de l’époque victorienne représentait un travail de titan.
Au final, on a un roman très divertissant, bien écrit sans être d’un style éblouissant. Le polar flirte avec le gothique et le fantastique comme au bon vieux temps de ce cher Watson.
Pig Island – Mo Hayder
Comme j’ai déjà pu l’écrire, j’ai lu énormément de polar et thrillers étant plus jeune. Adolescent, je dévorais les Stephen King, la collection ‘Suspense’ de chez Albin Michel mais aussi les aventures de Maigret et les désuets Agatha Christie. Ce préambule pour écrire que d’après moi, les mécanismes de ces intrigues sont souvent similaires. Il y a deux grand schémas utilisés par les romanciers du genre. C’est plus qu’un ensemble de code à respecter, c’est juste qu’on n’a plus inventé grand-chose depuis Conan Doyle. Soit il s’agit d’un personnage récurrent à la vie privée hors norme (Holmes, Poirot, Marple, Maigret, Wallander, Rebus, Blomkvist, …) ou nous avons affaire à un serial killer sadique (genre de loin le plus répandu).
Dans Pig Island, Mo Hayder nous plonge dans une atmosphère que j’avais oubliée. Une troisième piste rarement suivie par les romanciers modernes. Malgré le ton résolument actuel, le ton et l’intrigue me font résolument penser à Edgar Poe. On est dans une horreur suggérée et implacable. Les coups de théâtre se succèdent sans brusquer le lecteur. On ne comprend pas trop les obsessions du héros. L’histoire s’articule autour d’une île battue par les vents, ancienne décharge de produits toxique, hantée par des cochons et dont la population se résume à une secte qui réprouve la médecine. Le héros est un journaliste qui traque les arnaques des mystères tels que les vierges qui pleurent ou les yétis du Tibet. Il boit trop, son couple bat de l’aile. On pense qu’on se dirige tout droit vers un de ces personnages récurrents que j’ai cité plus haut. Mo Hayder transcende les codes avec un style fluide et direct pour distiller une tension permanente. S’il ne s’agit pas d’un bouquin qui va modifier votre point de vue sur les problèmes du monde, il vous fera passer un excellent moment.
Les visages du mal – Ruth Newman

Les visages du mal
L’intrigue est fort convenue. Une série de meurtre atroces sont perpétrés au sein de la communauté estudiantine de Cambridge. Un policier et un psychiâtre mènent l’enquête. Le roman policier dans sa déclinaison ‘thriller’ est devenu un genre aux codes tellement rigides qu’être surpris devient une surprise. J’ai l’impression que la seule chose qui aie évolué dans ce genre depuis une vingtaine d’année est le degré d’atrocité des meurtres. Je ne sais pas si c’est parce que je suis blasé mais j’ai vraiment l’impression d’avoir déjà lu ce genre d’histoire à plusieurs reprises. Je pense même que l’auteure a lu une bonne partie des mêmes thrillers que moi. C’est sans doute pourquoi j’ai trouvé que même s’ils étaient bien amenés, les nombreux coups de théâtre étaient très prévisibles. C’est comme de suivre une autoroute que vous n’avez jamais empruntée: vous êtes rarement surpris par le paysage.
J’ai eu un problème en débutant la lecture du livre. Les personnages ne sont pas faciles à distinguer les uns des autres et Ruth Newman abuse du procédé de flash back uniquement induits par l’utilisation d’une typographie différente en fonction de l’époque décrite. J’avoue que je n’ai pas saisi tout de suite la nuance entre les deux typographies et que cela n’a pas rendu plus facile l’immersion dans l’intrigue. Une dernière chose m’a singulièrement gêné au-delà de la pauvreté du style: Newman plante souvent ses décors et ses personnages par le biais de dialogues entre les protagonistes. Elle emprunte ce procédé au dramaturge qui ne peut que se reposer sur les dialogues et, éventuellement, sur le décors scénique pour contextualiser son intrigue. Dans un roman, non seulement cela passe mal mais cela donne des échanges qui paraissent artificiels et désincarnés. Personne ne parlerait de la sorte à un collègue ou un ami.
Cela dit, malgré tout ce que j’ai pu écrire, on est loin d’un livre éxécrable. Ca se laisse lire et le mystère ravira les amateurs du genre. C’est juste un peu trop convenu et d’un style trop plat à mon goût. A ceux qui recherchent une intrigue moins convenue dans le même style, je recommanderais plus volontiers Shutter Island.
J’ai reçu ce livre grâce à l’initiative Masse Critique qui offre un livre aux bloggueurs avec comme seule contrepartie d’en publier une critique dans les semaines qui suivent sa réception. Tout le monde y trouve ainsi son compte. L’éditeur qui reçoit un écho suir le web à bon compte. Votre serviteur qui lit un livre à l’oeil et Babelio (l’initiateur de Masse Critique) peut se frotter les mains de l’audience générée auprès de son public cible.
Les tribulations d’une caissière – Anna Sam
Voici quelques années, j’avais lu dans un magazine un article sur cette caissière qui du haut de son bac+5 portait un regard décalé sur son métier. Je m’étais dit que l’angle était vraiment intéressant. Je le pense toujours bien que je sais maintenant qu’un bon sujet ne suffit pas à faire un bon livre.
Il ne s’agit d’ailleurs pas d’un livre à proprement parler mais d’un blog imprimé. La nuance pèse lourd dès les premières pages. Il n’y a pas de fil conducteur, le ton est direct et le propos ne s’appuie sur aucune trame solide. Anna Sam enfile des tranches de vie et des coups de gueule mais elle n’écrit pas de livre. Bien qu’elle ne cesse de mettre en exergue la licence en littérature, son style est d’une pauvreté agaçante. Mais là ne réside pas la vraie faiblesse du bouquin. En effet, si ses expériences vécues dérrière une caisse peuvent parfois toucher, le ton reste désincarné. Elle passe très vite sur les raisons qui l’ont poussé à prendre ce job et surtout à le garder huit ans alors qu’elle se plaint à longueur de pages de la frustration de n’être qu’une caissière. Le complexe d’infériorité qui se dégage n’a d’égal que la vague mysanthropie qu’elle éprouve envers ses clients ou ses supérieurs hiérarchiques. Elle déverse ses flots d’amertume sur tout le monde excepté ses collègues. On ne comprend pas qu’elle garde un job aussi pourri aussi longtemps avec un si beau diplôme. On le comprend d’autant moins qu’elle ne parle à aucun moment des caissières si ce n’est pour dire que c’est un métier difficile et que tout le monde les déteste. Surtout elle. Selon elle, passer du statut de caissière à celui d’auteure est comme passer du stade de la chrysalide à celui de beau papillon. Un conte de fée. Une dissonance entre le propos du livre et sa conclusion qui le rend d’autant plus supportable. Cette Anna Sam est un des rare auteurs avec qui je n’aimerait pas discuter plus avant de son oeuvre. Après avoir lu son bouquin, j’ai l’image d’une femme aigrie et mal dans sa peau qui fait passer tous les clients pour des goujats, des bêtes ou des abrutis. Si on la suit, seule Anna Sam est à sauver lors du prochain déluge.
Le quatrième Cavalier – Bernard Cornwell
Il s’agit du deuxième tome de la saga d’Uthred le Saxon qui fût élevé par les Danes. Vers la fin du IXème siècle, les Viking déferlent depuis le Danemark sur l’Anglie qu’on n’appelle pas encore l’Angleterre. L’Anglie est constituée d’une myriade de petits royaumes que tente d’unifier le dévôt roi Alfred du Wessex.
J’avais beaucoup apprécié le premier tome que j’avais lu voici quelques années. La période historique qui suit la chute de l’empire Romain et qui précède le moyen âge est bizzarement peu exploitée par les romanciers. Le faible taux d’alphabétisation et les luttes d’influences religieuses expliquent probablement que peu de documents nous soient parvenus mais il n’en reste pas moins que la période est très fertile en intrigues pour un auteur imaginatif.
Malheureusement, j’ai trainé ce bouquin comme un fardeau qu’on se résigne à porter malgré les courbatures et les jambes flageolantes. C’est uniquement porté par le souvenir du premier opus que je suis parvenu au bout de celui-ci. Peut-être que je vieillis. On est loin des considérations politiques ou historiques bien qu’on suive le roi Alfred tout au long de l’épisode. Il semble que l’Histoire n’est faites que de batailles, de viols et de bains de sang dans une ambiance de religiosité superstitieuse. Cornwell se permet même des épisodes magiques qui auraient leur place dans un contexte de fantasy mais qui sont franchement malvenus dans un récit qui se veut historique. Au secours!
Une déception. Toutefois, j’appécierais qu’un lecteur de ce billet me recommande quelques titres qui traitent de cette période historique. L’Europe actuelle s’est bâtie pour une bonne part à cette époque et je réalise à quel point les manuels scolaires l’ont passé sous silence.
Hortense et Queenie – Andrea Levy
En Jamaïque, dans les années 30, Hortense est une métisse qui ne doit sa bonne éducation qu’à la culpabilité de la famille de son père, un Anglais notable de la colonie. Sa prestance n’a d’égale que sa suffisance.Gilbert est un noir Jamaïcain qui s’engage pour défendre la Mère Patrie. Il se rendra vite compte que l’Angleterre qu’il croyait si bien connaître a bien du mal à reconnaître ses fils de couleur. Queenie est la fille d’une petite famille bourgeoise de la campagne anglaise sans beaucoup d’éducation mais avec beaucoup de personnalité. Bernard est un anglais petit employé de banque qui prend soin de son père rendu fou par la première guerre mondiale.
Cela vous est sûrement déjà arrivé. On vous recommande un bon petit resto. Un truc vraiment sympa. Un troquet dont tous vos amis parlent avec ravissement. Lorsque vous vous y rendez, le décors est sympa, l’accueil est chaleureux. Lorsqu’on vous sert, le plat semble délicieux. Mais rien ne va. Vous ne vous sentez pas à votre place, le plat est trop épicé, ou pas assez, ou c’est vous qui n’êtes pas dans l’humeur. Le repas se traîne et vous ne pensez qu’à payer l’addition, sourire au chef et vous tirer de là. Ce n’était pas le bon jour. Vous auriez mieux fait de manger votre reste de pâtes à la maison.
C’est à ce genre de mésaventure que je pense en terminant les aventures d’Hortense et Queenie. Il est vraiment très bien. Je n’hésiterais pas à le recommander mais … il y a un je-ne-sais-quoi qui m’a fait traîner ce roman pendant près de deux semaines. Je suis incapable de mettre le doigt dessus. C’est peut-être une simple question d’état d’esprit.
L’auteur croise habilement les intrigues entre les différents protagonistes et entre les différentes périodes historiques. On saute régulièrement le la réalité qui précède la deuxième guerre mondiale au monde qu’elle a laissé en se terminant. Le style est facile et sans sophistication excessive.
Au final, j’ai un sentiment d’inachevé. Peut-être est-ce la densité du roman. La richesse des personnages méritait probablement un livre pour chacun d’entre eux. Il y a tant de sujets développés que certains ne sont pas assez aboutis à mon goût. Je réalise en écrivant ce billet que je me sens incapable de résumer le livre en quelques mots. Incapable de dire de quoi il parle vraiment.
L’assassin royal, tome 6: la reine solitaire – Robin Hobb

Le moins bon et le plus magique épisode de la saga de Fitz
C’est avec une nostalgie téintée d’amertume que j’ai refermé l’ultime tome du premir cycle de l’assassin royal. Autant je m’étais passionné pour les premiers volumes autant j’ai trouvé indigestes les multiples emprunts à la magie. Jusqu’alors, FitzChevalerie nous avait habitué à évoluer dans un monde féodal où régnait diverses formes de Magies qui étaient d’ordre plutôt exceptionnel. Une forme de don dont seuls quelques uns était dotés et dont les contours étaient mal définis. Certaines formes de Magie étaient d’ailleurs fort mal considérées par la population qui y voyait une forme de damnation (tel le Vif qui permet de communiquer avec des animaux). Bref, la Magie était un adjuvent nécessaire au développement de l’intrigue mais qui n’empêchait pas les protagosnistes à devoir affronter des situations très réelles.
Dès lors, j’ai vraiment eu beaucoup de difficultés à surmonter les cent dernières pages de la quête de Fitz et de Vérité qui, par moment, ressemblaient à un mavais épisode de DragonBall. Je lirai la suite de la saga en espérant que Hobb a évité de sombrer dans ces travers faciles dasn les prochains tomes.
La transaction – John Grisham

C'est Grisham ... euh ... son livre.
Moui. Je ne sais pas trop en fait. D’un côté je l’ai lu d’une traite. De l’autre, je ne suis pas sûr de m’en souvenir la semaine prochaine. On le lit avec une distraction paresseuse.
C’est Grisham.
Les millions s’échangent comme des figurines Panini dans les cours de récréation. Les heures de labeur supplémentaires s’égrènent avec la même facilité que dans un discours de Sarkozy. Des avocats s’affrontent dans les arcanes du système judiciaire américain que l’auteur dénonce comme s’en amuse.
C’est Grisham.
C’est un gros paresseux. Il a une très belle plume bien au-dessus de la moyenne des auteurs de best-sellers mais il s’adonne le plus souvent à l’écriture automatique et laisse ses tics d’écritures s’exprimer pour lui. La plupart de ses intrigues sont interchangeables. Pourtant, si vous désirez juger de son talent, lisez plutôt La dernière récolte qui est un témoignage poignant de la vie des agriculteurs du Midwest des années 50.
C’est Grisham.
C’est caricaturalement américain. Le culte de l’argent est à la fois décrié et encensé. Il se gausse des nouveaux riches comme ses self made men fascinent. On a souvent l’impression que Grisham n’a aucune culture du monde qui l’entoure. Le monde compte 50 états.
C’est Grisham.
J’aime bien mais je ne sais vraiment pas pourquoi.
Antéchrista – Amélie Nothomb

Un bouquin dont on peut se dispenser
On reproche souvent à Amélie Nothomb d’écrire des romans trop courts. A la lecture d’Antéchrista, je ne vois pas comment une idée aussi légère aurait pu soutenir un texte plus lourd. Le roman parle de la soumission d’une jeune fille à une autre qui telle une jeune incarnation de Janus adopte un comportement revêche ou adorable selon qu’elle s’adresse à sa victime ou à ses proches.
Le thème de la submersion dans la domination semble relever de la prédilection pour Amélie Nothomb. Elle l’avait abordé sous une forme plus positive dans les deux seuls autres romans que j’ai lu/vu (Stupeurs et tremblements et Les catilinaires). Je dois dire que je ne vois pas trop ce que celui-ci apporte de plus.
Le style délié de l’auteure est rythmé par des dialogues brillants mais artificiels. A aucun moment, je ne me suis enti proche des personnages. On dirait une pièce de théâtre mal jouée.
Le meilleur atout du bouquin est la vitesse à laquelle on le lit. Un moyen de passer une soirée ou un après-midi pluvieux.
Dispensable.
Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil – Haruki Murakami

Indispensable à votre bibliothèque
Quel beau livre! Je me retrouve un peu idiot à poser un commentaire forcément insignifiant par rapport à l’écriture de Murakami.
C’est le genre de bouquin qui me fait plaindre les gens qui ont décrété qu’ils n’aimaient pas lire ou qu’il n’en avaient jamais le temps. Comment peut-on se priver d’une telle gourmandise? Deux cents pages de pur bonheur.
Voilà un roman où il ne se passe quasiment rien. L’intrigue se résume à un trentenaire qui retrouve une amie d’enfance dont il était amoureux. Pas forcément un sujet fascinant. Je ne pense pas que je l’aurais lu si une amie ne me l’avait offert. Et pourtant, l’écriture pleine de simplicité de Murakami transcende l’intrigue et nous laisse groggy à chaque fin de chapitre.
Je ne connais rien au Jazz et Murakami donne plusieurs clefs pour souligner le parallélisme de son texte avec un air de Jazz. Bien que je ne connaisse rien à ce style musical, j’ai très vite senti un rythme particulier qui me rappelait un vieil air de blues. L’auteur joue des phrase comme un vieux bluesman de sa guitare. Un style à la fois syncopé et mélancolique qui emporte le lecteur dans un tourbillon de sentiments.
C’est également un roman très masculin. Au sens où les doutes, les peurs et les envies du narrateurs sonnent toujours juste. Pour une fois l’homme n’est pas décrit comme une héros (machoire carrée, larges épaule, sûr de lui, …) ou un lâche (épaules tombantes, regard fuyant, chétif, …) mais comme un être humain avec ses forces et ses faiblesses.
Un dernier point plus anecdotique m’a frappé. L’intrigue se déroule au Japon et le texte est écrit par un Japonais mais l’ensemble parait tellement universel qu’à quelques détails près, cela pourrait se passer à Bruxelles ou à Lyon. On est très loin des stéréotypes asiatiques.
Magnifique.
Que ceux qui n’ont pas encore lu ce livre nous quittent pour venir nous en parler après l’avoir lu. Pour les autres, j’aimerais connaître votre sentiment sur la réalité de l’existence de Shimamoto-San. Est-elle la maîtresse retrouvée ou est-elle l’incarnation des regrets et des remords de Hajime? Je n’arrive pas à me décider.
Le codex – Douglas Preston

Le Codex. A prendre au premier degré.
Anachronique. Le mot qui me vient à l’esprit en refermant ce bouquin. Ce n’est pas forcément péjoratif. C’est une impression. Un arrière-goût. Une amertume. C’est la première fois que le lis une oeuvre de Douglas Preston à la prodution pourtant prolifique. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre. J’avais ce bouquin depuis plus de six mois sans avoir pu dépasser le premier chapitre. Probablement une question d’état d’esprit. Ce n’est pas mal écrit bien que le style soit assez plat.
Bref.
L’auteur enfile les poncifs comme 3 suisses enfile les verroteries pour ses cadeaux à ses fidèles clients. Tout y passe. Trois fils fort différents découvrent que leur père (un milliardaire excentrique) atteint du cancer a disparu en emportant toutes les oeuvres d’art qu’il avait accumulées au cours de sa vie de pilleur de tombe. Ils partent séparément à sa recherche pour le magot. Ils doivent affronter un méchant détective privé sadique, des tribus mayas, la forêt amazonienne, une multinationale sans coeur, des indigènes qui parlent petit nègre et qui ne rêvent que de rejoindre les Etats-Unis (l’auteur na pas du beaucoup voyager). Une vraie litanie de stéréotypes. On se croirait parfois dans Tintin au Congo.
En toute sincèrité, au bout d’une centaine de page, je pensais que l’auteur me réservais un coup de théâtre du style le milliardaire a mis tout cela en scène en payant des acteurs pour confondre ses fils dans un intrigue retorse afin de leur donner une leçon de vie. Mais non. Tout est à prendre au premier degré.
Je sais que je peux paraître assez sévère au travers de ces lignes. Mais j’ai lu quasiment d’une traite ces 400 pages. C’est loin d’être mauvais. C’est juste d’une tonalité assez … anachronique.
Shutter Island – Dennis Lehane

Un livre qui dépasse la notion de suspense
Encore une bonne surprise. Ayant lu des tonnes de thrillers étant plus jeune, j’ai souvent eu l’impression d’avoir fait le tour du genre. L’impression que tout a été écrit et que les seules surprises subsistantes résultent d’une tricherie de l’auteur telles qu’un deus ex machina ou une incohérence dans son récit. Tout ceci pour dire que je ne lit plus que très rarement des suspenses comme on mange une sucrerie en sachant que c’est mauvais pour la ligne et d’une saveur industrielle. Un Harlan Coben et ça repart. Un Grisham par jour, en forme toujours.
Bref.
L’intrigue commence par une mise en place que n’aurait pas reniée Agatha Christie. Deux marshall (officiers de justice fédérale américains) débarquent d’un ferry sur une île au large de Boston au milieu des années 50. Cette île désolée n’est occupée que par un asile psychiatrique remplie des patients les plus dangereux des états-unis et de la communauté médicale. Une patiente s’est échappée et les marshalls sont chargés de la retrouver. Une île, une tempête, un enqueteur et son fidèle comparse, le mystère d’une disparition en chambre close… Tous les ingrédients d’une resucée des romans policiers anglais du début du 20ème siècle sont réunis. Assez rapidement, on a l’impression qu’Agatha Christie a pris de l’acide car la situation devient de plus en plus chaotique.
Le style très fluide et très riche de Dennis Lehane rende la lecture de Shutter Island passionnante. On dépasse le simple roman policier pour toucher à l’espionnage, au thriller pour finir dans un schéma très contemporain lors d’un coup de théâtre bien ficelé.
Un livre dont il serait dommage de se priver. Vous naurez jamais aussi bien profité de huit euros.
Un monde sans fin – Ken Follett

Une suite à la hauteur des piliers de la terre
Voici enfin la suite fort attendue des Piliers de la terre qui, bien que publiés voici plus d’une dizaine d’année, continue de connaître un succès public considérable. Ken Follett a pris soin de ne pas en faire une suite trop proche du précédent opus afin de pouvoir renouveler les personnages tout en conservant les références qui permettent au lecteur du premier tome de se retrouver en terrain de connaissance et permettre au nouveaux lecteurs de ne pas se sentir largués. On retrouve la cité Kingsbridge au milieu du 14ème siècle, soit 200 ans après que la cathédrale aie été achevée. Si la ville a prospéré, le monde a beaucoup changé. Il s’agit d’une période charnière où des idées nouvelles commencent à se répandre, où les guerres déciment la noblesse et où le pouvoir séculier de l’Eglise tremble sur ses bases. Au fil des 1300 pages d’un livre qui ne fatigue que les bras, on suit les destins de quelques personnages introduits dès le premier chapitre de manière un peu artificielle. C’est ainsi que se croisent un bâtisseur, une brute, un moine retors, une idéaliste et une pragmatique dans un moyen âge aux injustices sociales figées dans une féodalité entretenues par la religion, la cupidité et les superstitions.
Bien qu’il s’agisse avant tout d’un livre de divertissement, contexte économique et social de cette époque nous aide à comprendre une partie de notre société contemporaine. Les guerres et la peste ont forcé la société de l’époque à évoluer significativement. Les graines de la renaissance sont plantées.
On lit le roman d’une traite gourmande. C’est parfois à la limite du soap opéra mais les rebondissements et les coups de théâtre permanents se révèlent diablement efficaces pour entraîner le lecteur à tourner les pages de plus en plus rapidement. On pardonne à Follett d’abuser de la technique du feuilleton car elle dynamise la structure du récit. Le style est dépouillé de tout ce qui pourrait nuire à l’efficacité des multiples intrigues. Ce qui fait qu’on est souvent plus près du scénario truffé de dialogues que d’un roman mais le tout est soutenu par une documentation solide et une trame bien étayée.
Le seul véritable bémol que j’apporterai se situe plus sur le fond. En développant ses personnages depuis l’enfance, dès le début, Follett accorde tout son poids à l’inné et à l’esprit d’entreprise. Seuls seront sauvés les entrepreneurs. Les autres personnages ont à peine le droit de vivre. Ensuite, l’auteur conforte l’imression que les caractéristiques de ses personnages sont quasiment le seul produit de leur hérédité. Le courage, la roublardise, l’intelligence, la violence des ancêtres déterminent le comportement des personnages. J’ai un peu de mal à adhérer àcette vision que je trouve simpliste.
Un bon livre de vacances.
Les derniers hommes – Pierre Bordage

Bordage: un auteur à découvrir
Quelle belle surprise! Je n’attendais trop rien de ce roman et cela n’en a rendu la lecture que plus passionnante.
Dans un monde qui n’arrive pas à se remettre de la IIIème guerre mondiale, seuls quelques milliers d’hommes survivent en pratiquant le nomadisme. Il doivent faire face à un monde rendu d’autant plus hostile que les radiations sont omniprésentes. Des anguilles génétiquement modifiées lâchées par les anciennes alliances guerrières au siècle passé empoisonnent toute l’eau douce. C’est lors d’une expédition du peuple de l’eau (les aquariotes) pour trouver de l’eau potable (des citernes dissimulées par les anciennes armées pour se prémunir des anguilles) que nous faisons connaissance de Solman. C’est un gamin de 17 ans malingre à la jambe torse doté d’un don de claivoyance qui effraie les autres membres de la tribu. C’est un donneur. Le sort des derniers hommes paumés dans un monde apocalyptique est entre ses mains.
J’ai beaucoup de mal à comprendre comment des auteurs insipides tels que Marc Levy (je ne l’ai jamais lu mais j’assume un a priori), Jean-Christophe Grangé, Maxime Chattam, Guillaume Musso ou même Jean-Christophe Rufin bénéficie d’un tel battage médiatique et publiciataire alors que je n’avais jamais entendu parler de Bordage. Avec une écriture très riche qu’il met au service d’une histoire très cohérente où fourmillent des personnages très fouillé, il mériterait d’être placé en tête de gondole. Si les personnages sont parfois un peu caricaturaux (ils le sont aussi chez d’Ormesson), ils nous font réellement vivre leur quotidien dans un univers sombre et cohérent. Une telle imagination devrait faire de Pierre Bordage un auteur hautement populaire. Peut-être que depuis Jules Verne, la France n’ose plus aimer ses auteurs de science-fiction (il s’agit plus d’anticipation dans le cas présent) .
A découvrir. Un des plus beaux livres que j’aie lu ces dernières semaines.
Le peuple du vent : L’épopée des Normands de Sicile – Viviane Moore

Une saga dont on peut se dispenser
Deux chevaliers à l’allure étrange se présentent aux portes du chateau de Pirou où règne une athmosphère pesante pleine de souffrances de secrets et de rancoeurs.
Difficile d’introduire plus avant ce bouquin sans en dévoiler l’intrigue qui n’intéressera que les fans de polars historiques. Je n’arrive pas à saisir ce qui tient le plus du prétexte: le contexte historique où le mystère policier. Tout m’a l’air bancal. Le style est pauvre et le fond historique semble couler directement d’une documentation récoltée laborieusement par l’auteur. Il y a toute une série d’histoires liées au deux protagonistes principaux(le beau et fougueux Tancrède et son mentor Hugue de Tarse) qui connaître un beau succès. Je suppose qu’il y a un public pour les livres mal écrits ayant des prétentions historiques.
Inutile.
Les arpenteurs du monde – Daniel Kehlmann

Les arpenteurs du monde - Daniel Kehlmann
Un vieux mathématicien génial et misanthrope rencontre un vieil explorateur égocentrique goutant sa gloire fondées sur ses découvertes passées. Gauss rencontre Humboldt. Le prince des mathématiques rencontre le découvreur de l’Amérique du sud. Ces deux gloires allemandes de la science dévoilent leurs personnalités au gré de leurs succès et de leurs faiblesses dans des chapitres organisés en quinconce. On suit l’évolution de Humboldt que l’on quitte pour Gauss. L’un parcourt le monde, l’autre déteste voyager. Tous deux d’une manière singulière mesurent leur univers.
Si le roman est d’une belle érudition, je n’ai vraiment pas pu m’attacher aux personnages. C’est fort bien écrit mais c’est beaucoup trop impersonnel (ce qui est un comble pour des personnages réels aussi colorés). Peut-être est-ce du à mon humeur au moment de le lire, peut-être est-ce à cause de l’imparfait constamment sollicité par Daniel Kehlmann mais j’ai peiné à finir ce petit bouquin. Il parait que Daniel Kehlmann est considéré comme un auteur génial en Allemagne. J’avoue ma perplexité. Je pense que l’idée, le contexte et les personnages auraient mérité un meilleur traitement.
Extrêmement fort et incroyablement près – Jonathan Safran Foer
J’avais déjà soupesé ce bouquin de nombreuses fois avant de me le faire recommander par une lectrice de ce blog. Si j’hésitais tant à franchir le pas alors que le livre me tentait, c’est parce que le contexte dans lequel le roman se déroule est celui du post-11 septembre à New York. D’une manière générale, je fais un rejet sur les grands malheurs rabâchés des milliers de fois à longueur de roman. C’est ainsi que je me suis tapé (!) le millier de page des Bienveillantes de Johnathan Littel mais que Si c’est un homme de Primo Levi prend la poussière sur l’étagère à lire de ma bibliothèque. Chaque fois que je le prends en main, j’ai l’angoisse de la déprime qui alourdit ce tout petit livre au point que je le repose tout de suite. C’est conscient de ce paradoxe et rassuré par Reka que j’ai entamé ce livre.
Oskar est un gamin un peu trop intelligent et beaucoup trop angoissé. A 11 ans, il est orphelin de son père mort dans les Twin Towers lors des attentats du 11 septembre. Deux ans plus tard, il découvre une clef dans les affaires personnelles de son père avec pour seul indice le mot “Black” écrit au dos de l’enveloppe qui contenait la clef. Oskar va se lancer dans la quête de la serrure qui correspond à la clef.
Il serait vraiment dommage de réduire ce roman à ce simple fil conducteur. C’est d’abord un roman à propos de l’amour de l’incapacité à l’exprimer, de l’absence et du pouvoir des mots. Oskar va rencontrer une vraie diaspora de Black dans tout New York qui lui apporteront tous quelque chose. La famille d’Oskar est la vraie colonne vertébrale du roman avec le grand père qui a perdu l’usage de la parole mot par mot qui compense en écrivant des lettres qu’il n’envoie jamais. Sa mère qui se remet trop vite de la perte de son mari au goût de son fils. Son père dont l’absence est trop lourde à porter. Sa grand mère qui pleure encore la supercherie de l’amour qu’elle n’a pu recevoir.
Enfin, il convient de souligner l’incroyable talent de Jonathan Safran Foer. C’est proprement époustouflant. Il est difficile de réellement décrire les procédés littéraires utilisés sans trop dévoiler l’intrigue mais sachez que la mise en page, les illustration voire les fautes d’orthographe font partie intégrante du récit. La poésie et la cohésion qui s’en dégage révèle une maîtrise de l’écriture absolument formidable.
Toutefois, cette maestria est peut-être également le principal défaut du roman. Peut-être est-ce le sujet qui m’a filé le bourdon, peut-être est-ce ma stupéfaction devant l’incroyable prouesse romanesque (je sais que je me répète mais le livre vaut d’être lu rien pour apprécier la cohérence d’un récit où tout n’est pas écrit), peut-être étais-je fatigué. Toujours est-il que je me suis plus attaché au style de l’auteur qu’à ses personnages. J’ai mis une dizaine de jour à le lire en repoussant presqu’inconsciemment le moment où je reprendrais le cours du récit. C’est un peu comme se trouver devant une peinture d’un grand maître dans un musée. On est fasciné par la technique et la manière dont les couleurs s’expriment mais on on n’en voudrait pas dans son salon.
L’assassin royal tome 5 : La voie Magique – Robin Hobb
La suite des aventures de Fitz qui, après avoir longuement voyagé seul, se retrouve accompagné d’une équipe qui l’aidera à trouver Chevalerie pour sauver les Six Duchés de l’oppression de Royal. Ceux qui n’ont jamais lu la saga ne comprennent rien à ce charabia mais ils sont les plus chanceux: ils peuvent encore découvrir les belles et palpitantes aventures écrites par Robin Hobb. C’est toujours aussi bien écrit et, si elle respecte les codes du genre de l’heroic-fantasy, elle prend soin de bien développer toutes les intrigues et de distiller les mystères qui contribuent au suspense. Entamer un Assassin Royal est comme déballer une friandise, on sait ce qu’on va manger mais la saveur nous procure à chaque fois le même plaisir coupable.
L’élégance du hérisson – Muriel Barbery
Alors que ce livre est sorti dans un quasi anonymat, le bouche-à-oreille en a fait un gros succès de librairie. Emporté par la vague (et sans doute aussi par veulerie), c’est avec un enthousiasme mêlé de l’appréhension de la déception que j’en ai débuté la lecture.
Madame Michel est la concierge d’un immeuble cossu du centre de Paris qui côtoie les riches résidents avec beaucoup de circonspection. Paloma est une jeune adolescente de 12 ans habitant l’immeuble qui partage deux singularité avec la concierge. Elles sont toutes deux dotées d’une grande intelligence et, pour des raisons différentes, font tout pour la cacher. Mme Michel cultive tous les stéréotypes de la concierge pour la galerie (revêche, mal fagotée, pauvreté du vocabulaire, télévision allumée en permanence, …) alors qu’elle lit Tolstoï et Kant lorsqu’elle est sûre d’être seule. Paloma prend garde a avoir des notes correctes à l’école et tient un journal où elle traque les moments de beauté avant le suicide qu’elle a planifié pour ses 13 ans avant de succomber à la médiocrité générale.
La langue de Muriel Barbery est très belle. Trop belle même. Si les beaux mots se succèdent, la dénonciation de la médiocrités des élites ressemble à une forme de snobisme à rebours. De surcroît, cette attitude très marquée par l’élitisme à la française que l’auteur se plaît à vilipender consiste justement à privilégier le texte comme forme d’intelligence et de raffinement. Est intelligent celui ou celle qui peut discourir doctement sur tout sujet digne d’intérêt. Barbery ne semble pas se rendre compte qu’elle participe au mouvement qu’elle dénonce. Le conservatisme culturel français mène à impasses nombrilistes voir à un conservatisme social avéré.
Au final, mon impression est assez mitigée. Un beau texte parfois drôle, parfois touchant, souvent méchant qui pêche par excès de vanité.
Millenium – Tome 3 – La reine dans le palais des courants d’air – Stieg Larsson

- La reine dans le palais des courants d’air
On a déjà tout dit sur ce triptyque. Trois romans à suspense écrit par un journaliste suédois engagé mort quelques jours après avoir remis le dernier manuscrit. Quasiment 1700 pages qu’on dévore sans répit.
D’après moi, le succès tient non seulement au sujet parfaitement maîtrisé mais aussi aux personnages très originaux qui sont tous bien développés. La mort de Stieg Larsson nous prive de Mikael Blomkvist et Lisbeth Salander qui auraient pu encore nous faire vibrer pendant bien d’autres mésaventures. On aime aussi l’exotisme que représente pour nous la Suède et son contexte historique et politique. Cela change des thrillers habituels beaucoup trop souvent situés de l’autre côté de l’Atlantique.
Il y a en fait deux romans. Le premier tome est une histoire qui revisite le thème de la chambre close alors que les deux derniers forment un bloc unique qui s’étend sur plus de 1000 pages et qui dévoile un vaste complot au sommet de l’état en impliquant les services secrets.
Le style est très maîtrisé même si on se lasse de quelques tics d’écritures au bout des trois briques. On sent aussi que l’auteur aurait aimé être Mikael Blomkvist. Le héros partage beaucoup de la biographie de Stieg Larson et la bienveillance qu’il éprouve envers les petits travers et la loyauté qui confine à la psychorigidité de Blomkvist doit avoir un écho personnel pour l’auteur.
Enfin, personnellement, j’ai aimé le fait que Stieg Larsson prenne le temps de se documenter sur les aspects informatiques qui occupent une place importante dans les trois tomes. Pour une fois, le lecteur n’est pas pris pour un idiot et, sans noyer le récit dans des détails assommants, il reste dans le domaine du techniquement plausible. C’est suffisamment rare pour être souligné. Rien ne m’énerve plus que les fictions qui nous baratinent de termes techniques qui n’ont aucun sens dans le contexte où ils sont exprimés.
Je conseille à tous de se jeter sur ces livres. Pour une fois, le succès est mérité et ne relève pas d’un buzz marketing bien construit mais sur un bouche à oreille flatteur. Cela prouve que les éditeurs auraient tout à gagner à prendre la peine de tenir à l’oeil les succès littéraires des pays qui ne font pas partie de la sphère anglo-saxonne.