Article Taggé USA
Pertes et fracas – Jonathan Tropper
Tropper m’a mis les larmes aux yeux avec son Livre de Joe. Tropper est un surdoué de l’écriture et, comme beaucoup de surdoués, c’est aussi un paresseux. Pertes et fracas est le troisième livre que je lis de lui et je ne cache pas une certaine lassitude envers ses personnages interchangeables partageant les mêmes failles et le même sens de la répartie.
Dans le Livre de Joe, un écrivain à succès revenait dans son bled d’origine pour faire face à son passé et apaiser ses relations avec son père mourant et l’amertume de son frère. Dans son second roman (Tout peut arriver), un jeune Yuppie se démenait avec un père fantasque et un frère simple d’esprit. Dans Pertes et fracas, un jeune chroniqueur à succès (je vais finir par croire que tout le monde est jeune et riche à NY) fait face à son veuvage, à un beau fils qui pourrait être son frère, une soeur jumelle en pleine crise de couple et un père qui perd la boule.
On a tous ses obsessions mais je trouve plus que dommage de gâcher un tel talent à ressasser perpétuellement la même histoire. Car Tropper à un talent fou. On lit ses 400 pages en un clin d’oeil mais sans ressentir autre chose qu’un vague sourire qui vient flotter par moment sur nos lèvres lorsque le narrateur lâche une observation particulièrement bien ciselée.
J’ai l’impression que Tropper est victime d’une sorte de Syndrôme Nick Hornby. Hornby avait écrit un magnifique Haute Fidélité (jetez-vous sur ce livre si vous avez la chance de ne pas encore l’avoir lu) mais, au fil de ses romans, la qualité se dégrade quasi continuellement et chaque opus est plus ennuyeux que le précédent.
Dommage.
5 comments 25 août 2009
Terroriste – John Updike

Un grand livre
J’ai un peu de mal à parler de ce livre comme d’un roman. John Updike a écrit un essai sur le terrorisme en le travestissant d’une intrigue pour lui donner des airs de roman. A l’aide d’une plume vivace et cultivée, il retrace l’histoire d’un jeune homme qui accepte une mission suicide pour commettre un attentat à New York.
L’auteur contemple l’Amérique à travers les yeux des protagonistes de son intrigue assez légère mais bâtie sur des fondations extrêmement solides. C’est ainsi que le vieux professeur athée d’origine juive porte un regard nostalgique sur le pays de sa jeunesse ou qu’un jeune homme mi-arabe mi-irlandais s’investi dans sa Foi musulmane comme un jardinier place un tuteur pour que sa plante pousse bien droit. Dans une petite ville dont l’avenir est derrière elle et dans une Amérique dont les valeurs se limitent au consumérisme et à l’argent, peu d’options sont à la portée de sa jeunesse. Le jeune lycéen en quête d’identité en quête de valeurs se retranche dans la Foi.
John Updike brosse un portrait très sombre d’une Amérique qui aurait perdu ses repères. De longues et passionnantes digressions appuient son propos dans un langue magnifique quoique parfois baroque. Hormis dans les dialogues, Updike ne sait pas faire de phrase de moins de 10 lignes (j’exagère à peine) ce qui donne un texte souvent magnifique sans être pédant mais qui rend aussi la lecture difficile. Ne tentez pas de lire ce bouquin lorsque que vous n’êtes pas complètement concentré ou trop fatigué pour regarder un nanar à la télévision.
Je n’avais jamais rien lu d’Updike le classant inconsciemment d’une manière totalement arbitraire dans la catégorie des auteurs intellos pontifiants (à côté de BHL). Je ne saurais trop vous recommander ce livre pour le regard qu’il porte sur notre civilisation. Le trait peut parfois être caricatural mais il est absolument lucide sur le fond.
1 comment 18 août 2009
Computer says no!
Pour ceux qui ne connaissent pas la formidable série “Little Britain”, voici un court extrait de sa déclinaison USA
Add comment 3 juin 2009
Le codex – Douglas Preston

Le Codex. A prendre au premier degré.
Anachronique. Le mot qui me vient à l’esprit en refermant ce bouquin. Ce n’est pas forcément péjoratif. C’est une impression. Un arrière-goût. Une amertume. C’est la première fois que le lis une oeuvre de Douglas Preston à la prodution pourtant prolifique. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre. J’avais ce bouquin depuis plus de six mois sans avoir pu dépasser le premier chapitre. Probablement une question d’état d’esprit. Ce n’est pas mal écrit bien que le style soit assez plat.
Bref.
L’auteur enfile les poncifs comme 3 suisses enfile les verroteries pour ses cadeaux à ses fidèles clients. Tout y passe. Trois fils fort différents découvrent que leur père (un milliardaire excentrique) atteint du cancer a disparu en emportant toutes les oeuvres d’art qu’il avait accumulées au cours de sa vie de pilleur de tombe. Ils partent séparément à sa recherche pour le magot. Ils doivent affronter un méchant détective privé sadique, des tribus mayas, la forêt amazonienne, une multinationale sans coeur, des indigènes qui parlent petit nègre et qui ne rêvent que de rejoindre les Etats-Unis (l’auteur na pas du beaucoup voyager). Une vraie litanie de stéréotypes. On se croirait parfois dans Tintin au Congo.
En toute sincèrité, au bout d’une centaine de page, je pensais que l’auteur me réservais un coup de théâtre du style le milliardaire a mis tout cela en scène en payant des acteurs pour confondre ses fils dans un intrigue retorse afin de leur donner une leçon de vie. Mais non. Tout est à prendre au premier degré.
Je sais que je peux paraître assez sévère au travers de ces lignes. Mais j’ai lu quasiment d’une traite ces 400 pages. C’est loin d’être mauvais. C’est juste d’une tonalité assez … anachronique.
1 comment 10 mai 2009
Extrêmement fort et incroyablement près – Jonathan Safran Foer
J’avais déjà soupesé ce bouquin de nombreuses fois avant de me le faire recommander par une lectrice de ce blog. Si j’hésitais tant à franchir le pas alors que le livre me tentait, c’est parce que le contexte dans lequel le roman se déroule est celui du post-11 septembre à New York. D’une manière générale, je fais un rejet sur les grands malheurs rabâchés des milliers de fois à longueur de roman. C’est ainsi que je me suis tapé (!) le millier de page des Bienveillantes de Johnathan Littel mais que Si c’est un homme de Primo Levi prend la poussière sur l’étagère à lire de ma bibliothèque. Chaque fois que je le prends en main, j’ai l’angoisse de la déprime qui alourdit ce tout petit livre au point que je le repose tout de suite. C’est conscient de ce paradoxe et rassuré par Reka que j’ai entamé ce livre.
Oskar est un gamin un peu trop intelligent et beaucoup trop angoissé. A 11 ans, il est orphelin de son père mort dans les Twin Towers lors des attentats du 11 septembre. Deux ans plus tard, il découvre une clef dans les affaires personnelles de son père avec pour seul indice le mot “Black” écrit au dos de l’enveloppe qui contenait la clef. Oskar va se lancer dans la quête de la serrure qui correspond à la clef.
Il serait vraiment dommage de réduire ce roman à ce simple fil conducteur. C’est d’abord un roman à propos de l’amour de l’incapacité à l’exprimer, de l’absence et du pouvoir des mots. Oskar va rencontrer une vraie diaspora de Black dans tout New York qui lui apporteront tous quelque chose. La famille d’Oskar est la vraie colonne vertébrale du roman avec le grand père qui a perdu l’usage de la parole mot par mot qui compense en écrivant des lettres qu’il n’envoie jamais. Sa mère qui se remet trop vite de la perte de son mari au goût de son fils. Son père dont l’absence est trop lourde à porter. Sa grand mère qui pleure encore la supercherie de l’amour qu’elle n’a pu recevoir.
Enfin, il convient de souligner l’incroyable talent de Jonathan Safran Foer. C’est proprement époustouflant. Il est difficile de réellement décrire les procédés littéraires utilisés sans trop dévoiler l’intrigue mais sachez que la mise en page, les illustration voire les fautes d’orthographe font partie intégrante du récit. La poésie et la cohésion qui s’en dégage révèle une maîtrise de l’écriture absolument formidable.
Toutefois, cette maestria est peut-être également le principal défaut du roman. Peut-être est-ce le sujet qui m’a filé le bourdon, peut-être est-ce ma stupéfaction devant l’incroyable prouesse romanesque (je sais que je me répète mais le livre vaut d’être lu rien pour apprécier la cohérence d’un récit où tout n’est pas écrit), peut-être étais-je fatigué. Toujours est-il que je me suis plus attaché au style de l’auteur qu’à ses personnages. J’ai mis une dizaine de jour à le lire en repoussant presqu’inconsciemment le moment où je reprendrais le cours du récit. C’est un peu comme se trouver devant une peinture d’un grand maître dans un musée. On est fasciné par la technique et la manière dont les couleurs s’expriment mais on on n’en voudrait pas dans son salon.
3 comments 13 mars 2009
W – Oliver Stone
C’est avec un peu de dédain que j’ai entamé double you car je pensais n’y voir qu’un de ces pamphlets vindicatifs et, au final, sans intérêt. Comment avoir le recul nécessaire pour illustrer un personnage historique (si!) qui n’a pas encore quitté ses fonctions?
J’avoue avoir été très agréablement surpris. Le sujet est suffisamment difficile pour être casse gueule. Le film se déroule sur deux plan temporels qui s’entrelacent pendant près de deux heures: d’une part la préparation de la guerre en Irak jusqu’à la prise de conscience de l’échec, d’autre part, des flash back qui reprennent les instants saillants qui ont conduit W a se présenter à la course à la présidence. Rien sur 9/11, rien sur l’élection déplorable de 2000, rien après juin 2003.
L’hypothèse d’Oliver Stone est que W a souffert toute sa vie de l’ombre de son père qui mettait tous ses espoirs dans son frère Jeb plus brillant. Dès lors, il a tout fait pour démontrer à son père qu’il méritait d’être son fils. La théorie laisse un goût de psychiatrie de bazar mais il faut reconnaître qu’elle colle aux faits publics. L’hystérie collective qui a affecté les USA en 2002 (après tout, le congrès a voté en majorité cette foutue guerre) prend une autre dimension lorsqu’on y supperpose la hantise du décideur en chef de ne pas être à la hauteur de son père.
Stone est finalement très indulgent pour Georges W. Bush. S’il est alcolo, incapable de tenir un job, faible, il est aussi capable de rebondir spectaculairement, sincère dans sa volonté de répandre la démocratie et la liberté dans le monde. Il est aussi très mal entouré entre un Donald Rumsfeld halluciné, une Condoleeza Rice amoureuse transie et un Dick Chesney machiavélique, W n’était pas à la hauteur de la situation. Le film se termine sur une apparition publique que l’on a tous vu où W est complètement désarçonné par une question d’un journaliste qui lui demande quelle place il pense laisser dans l’histoire. Cette scène donne un reflet tragique à un homme qui réalise qu’il gardera l’infamie de la médiocrité associée à sa présidence.
A noter la prestation stupéfainte de l’acteur Josh Brolin qui -bien qu’il n’a que peu de ressemblance avec W- nous fait oublier le visage d’un gars qu’on a vu quotidiennement pendant 8 ans.
Add comment 1 février 2009
Je ne suis pas états-unien
J’ai beaucoup de mal à saisir l’engouement médiatique et populaire pour Obama. J’aurais probablement voté pour lui si j’étais états-unien (ne dite jamais à un sud-américain ou un canadien que les états-unis sont l’Amérique) mais ne l’étant pas, je me sens beaucoup moins concerné.
Je ne voudrais pas chausser les bottes d’Obama. L’espoir qu’il cristallise autour de sa personne à travers le monde (à tout le moins les états-unis et l’Europe) doit être un fardeau très lourd à porter pour un seul homme. Confronté à une dure réalité, il ne pourra éviter de décevoir certains de ses plus chauds partisans.
La folie Obama atteint des sommets qui me laisse pantois. Le jour de l’investiture, la commune de Braine-le-Comte a organisé une “journée américaine” avec parade, musique “typique” et retransmission du discours d’investiture accompagné de popcorn.
Obama a été élu par ses compatriotes. Il les représente, il va mener une politique qui les concerne. Les USA représentent moins de 5% de la population mondiale et je n’en fais pas partie. Bush était déplorable mais il n’a finalement fait du tort que chez lui … et en Irak. Donc, à la limite, je pourrais comprendre un enthousisme plus marqué en Irak. Mais autrement … ca me dépasse.
Je sais que d’autres que moi l’ont noté mais la frénésie avec laquelle les médias utilisent l’adjectif “historique” laisse songeur. Un président noir? Historique. Un procés de pédophile? Historique. Le standard gagne? Historique. Nuremberg? Connais pas. Waterloo? Plat. Un pied sur la lune? Vielles images.
Add comment 21 janvier 2009
Diagnostic
Aux USA, les médecins sont beaucoup plus compétents que chez nous. Le médecin te fait un diagnostic en une minute: il appelle ta banque. T’as pas d’argent, t’es pas malade.
Patrick Timsit
Add comment 30 décembre 2008
La liberté
Arrivé aux USA, je suis allé visiter la statue de la liberté. La Liberté, elle a sa statue là-bas. C’est là-bas qu’elle est enterrée.
Patrick Timsit
Add comment 19 décembre 2008
Rue du Pacifique – Thomas Savage
Par le biais une saga familiale, Thomas Savage dresse un portrait à la fois nostalgique et désabusé sur la génération qui a succédé aux pionniers de l’ouest américain. On suit deux protagonistes présents lors de l’inauguration de la transformation d’une bourgade née de l’expansion pionière en une ville. L’auteur vante les valeurs épicuriennes relatives au bonheur familial et une certaine insouciance qu’il oppose à l’opulence qu’il juge source de médiocrité. Le sujet n’est pas sans rappeller Zola bien qu’on soit moins dans l’étude sociale que dans le registre nostalgique.
Lorsqu’on voit comme le clinquant est promu dans tous les divertissements télévisuels, on peut penser que rien n’a beaucoup changé depuis le début du 20ème siècle. L’auteur croque également la société qui passe d’un monde rural et cloisonné à un monde plus ouvert mais marqué par le consumérisme et l’omnipotence de la technologie. C’est ainsi qu’en filigrane, on voit apparaître des voitures, des phonographes, la radio, … Tous ces objets qui étaient l’apanages de quelques riches technophiles deviennent une norme au fil du temps. On sent également que les loisirs prennent de plus en plus d’importance: les hôtels cessent de n’être que des abris pour la nuit et la radio se développe comme un loisir de masse.
Le style d’une évidence trompeuse: chaque mot semble à sa place et les phrases semblent couler de source. Cette maîtrise du texte donne une fausse impression de facilité qui révèle un important travail d’écriture. Malgrès les qualités flatteuses de ce livre, j’ai été un peu déçu par l’ensemble car il était un cran en dessous d’un autre roman du même auteur qui m’avait particulièrement marqué: “Le pouvoir du chien” qui lui est nettement supérieur.
Add comment 27 novembre 2008
![Reblog this post [with Zemanta]](http://img.zemanta.com/reblog_e.png?x-id=23cea855-2c99-4503-93e8-ff42b4a9c559)