Il faut qu’on parle de Kevin – Lionel Shriver

22 décembre 2009 at 12:08 5 commentaires


Ne vous fiez pas à la tristesse de la couverture

A l’entame de ce billet, je me rend compte que je manque de vocabulaire pour qualifier ce bouquin. Excellent? Pas seulement. Dur? Difficile? Dérangeant? Palpitant? Je pense que mon choix va se porter sur l’ambivalent « terrible ».

On connait d’emblée la fin de l’histoire. Eva écrit à son mari dont elle est séparée pour lui faire part de ses état d’âme depuis que leur fils de 16 ans a tué 10 de ses condisciples à l’école. Le choix de la correspondance à sens unique (seule Eva y participe) développe une dimension excessivement intime à ses propos.  cela accentue l’horreur de ses révélations mais cela permet également de briser nombre de tabous en décrivant le désarroi d’une mère confrontée à un enfant qu’elle pressent foncièrement malfaisant dès sa naissance. On ne peut réduire ce livre à une complainte d’une maman terrifiée par sa progéniture ni au cheminement d’un gamin mauvais. Shriver décrit par ailleurs fort bien une société américaine en décalage avec le reste du monde. Un pays en perte de repères dont sa jeunesse peine à briser le rideau de superficialité pour donner un sens à  son avenir.

Je dois dire que, bien qu’emballé par l’écriture de Shriver dès les premières lignes, j’éprouvais un malaise presque physique à lire les lettre d’Eva. Principalement dans la première partie du bouquin où je n’avais pas encore pris toute la mesure du drame vécu par les parents de Kevin. Chaque lettre d’Eva était une épreuve que j’avais peur d’entamer mais dont je ne pouvais me soustraire. Les malheurs d’Eva me revenaient sans cesse dans mon quotidien. On ne peut s’empêcher de s’identifier à elle et de se demander ce qu’on aurait fait à sa place. Dans ma jeunesse, je dévorais les livres de Stephen King, Peter Straub ou Dean Koontz. J’en aimais le style délié et leur approche du mal que je jugeais moins caricaturale que les « mauvais » qui hantaient les films d’action de l’époque (ça doit encore être le cas). Ici, Shriver donne une vraie dimension littéraire au mal. Kevin est un damné qui ne croit en rien, n’espère rien, ne veut rien. Il incarne le mal. Mais ce n’est pourtant pas de là que provient le malaise. Le pire est dans la solitude de sa mère (dont nous partageons l’intimité) qui est la seule a deviner la profondeur malfaisante de son fils. Ce n’est pas un livre d’horreur, c’est une histoire horrible. C’est superbement écrit (Shriver entre dans mon panthéon personnel) et c’est un roman auquel il est difficile de rester indifférent.

Ne vous laissez pas rebuter par la noirceur de mes propos. « Il faut qu’on parle de Kevin » est un livre essentiel qui donne un éclairage nouveau sur le fait d’être parent, sur la société moderne et sur le déni culturel envers le mal inné.

Voici, pour quelques euros, la preuve qu’un livre est plus qu’un divertissement. Voici le genre de bouquin qui donne un sens à ce blog que j’ai entamé pour partager mes coups de coeurs et mes coups de gueule. Voici une évidence. Une vraie baffe que je recommande à tous ceux qui n’attendent pas famille (ça pourrait plomber l’ambiance ;-))

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Impulse – Un inconnu m’a offert un (bon) livre J’aime bien

5 commentaires Add your own

  • 1. L’engrenage – John Grisham « Tout peut arriver  |  8 janvier 2010 à 14:59

    […] près, ce n’est ni une expérience mémorable ni désagréable. Après avoir le formidable Il faut qu’on parle de Kevin, j’avais besoin de changer complètement d’univers. C’est pourquoi Anansi boys […]

    Réponse
  • […] Blogs ont également commenté le roman: Le meli-melo de Pyrausta, Tout peut arriver, Chez Val, Journal d’une lectrice, C’est à lire, Littérature passion, Pyrouette, Les […]

    Réponse
  • 3. Reka  |  24 juin 2010 à 22:10

    Une fois de plus, nos goûts se rejoignent, ça me ravit !
    Cependant, je ne suis pas trop d’accord avec ta vision des choses : je ne suis pas d’avis que Kevin est l’incarnation du mal, …je trouve que cette interprétation a propension à ôter toute la complexité et la subtilité du roman… Certes, Kevin est pervers, et sa cruauté est telle que c’en est inouï, mais l’on pourrait voir aussi en Eva l’incarnation de la faute (sachant que ce n’est pas pour la peine qu’on est tenté de plaider coupable, bien entendu), non? D’une certaine façon, j’ai compris la souffrance de tous les personnages en dépit de leurs excès.
    Penses-tu que le mal en personne pourrait seulement éprouver la douleur?

    Réponse
  • 4. Nymphette  |  18 novembre 2010 à 17:33

    J’ai beaucoup aimé ce roman: pour les thèmes abordés et le style de L SHRIVER. Je comprends tout à fait ton sentiment d’avoir été « hantée » par son écriture!

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  • 5. Double Faute – Lionel Shriver « Tout peut arriver  |  13 janvier 2011 à 20:33

    […] fluidité et la pertinence du roman mais il souffre néanmoins de la comparaison (inévitable) avec Il faut qu’on parle de Kevin (du même auteur) qui lui est supérieur en bien des points. Je n’ai pas pris la peine de […]

    Réponse

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