Juliet, naked – Nick Hornby


J’ai failli refermer définitivement le bouquin au bout de quelques pages. Comme beaucoup, j’avais adoré Haute fidélité qui reste un trophée à poser sur toutes les bibliothèques des lecteurs occasionnels aux plus compulsifs.
J’ai failli le reposer car, comme beaucoup, Nick Hornby m’a énormément déçu. Chacun de ses livres semblait un peu moins bien que le précédent. Comme s’il avait puisé tout son talent du puit et qu’il se voyait réduit à pomper le fond de la nappe phréatique pour assurer sa subsistance. C’est par pure nostalgie que je tente de temps à autres de me confronter à la déception pour relire un de ses textes.
Ce n’est pas uniquement par pur nombrilisme que j’évoque ceci mais parce que c’est précisément la raison qui m’a poussé à en poursuivre la lecture. Un des thèmes développés dans Juliet Naked repose précisément sur l’espoir d’un fan que son idôle lui fasse l’aumône d’une nouvelle création.

Tucker Crowe est un musicien des années 80 complètement retiré du circuit qui fait l’objet d’un culte que lui vouent une poignée d’admirateurs en se livrant sur des forums internet à l’exégèse des textes les plus obscurs de l’artiste retraité.

C’est un aspect du roman fort bien pensé. Chaque artiste ou groupe semble semer un sillage plus ou moins profond de spécialistes qui vivent plus de l’image qu’ils se font de l’artiste par le biais de leur ressenti de leur oeuvre que l’artiste lui-même. Ce dernier ne maîtrise plus son oeuvre une fois celle-ci rendue publique. Qu’on songe à tous les livres, émissions, biographies des Beatles, de Gainsbourg, voire même de médiocres has been façonnés, broyés et recrachés par la télé-réalité.

Un autre versant du roman repose sur le phénomène des couples qui se nouent sur internet. Je peux me tromper mais, étrangement, aucun auteur ne s’était penché sur les rencontres virtuelles. Il est déconcertant de voir le nombre de gens de tous âges qui vivent une vie de couple épanouie qui se sont rencontré par le biais d’un moyen de communication qui était encore confidentiel voici quinze ans.

Juliet naked n’est pas Haute fidélité mais c’est une lecture fort agréable. C’est assez rare pour ne pas passer à côté.

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3 avril 2011 at 09:25 1 commentaire

Double Faute – Lionel Shriver


Double faute est le produit d’un défi  à la fois stylistique et romanesque. Comment traiter du couple en évitant les écueils d’un thème si souvent abordé ? Sans manquer de culot, Lionel Shriver utilise l’allégorie du tennis pour aborder la question du mariage. La subtilité tient dans le style et le rythme du roman : les personnages s’étudient, s’amusent, s’affrontent, souffrent, jubilent comme si  leur vie se limitait à un terrain de jeu où les joueurs ne perdaient que si la compétition l’emportait sur le plaisir de jouer. Si la compétition dans le couple l’emportait sur le plaisir d’être ensemble.

Le périmètre de vie des protagonistes est entièrement limité voire dévoré par le tennis.  Shriver va jusqu’à calquer l’ambiance dans le couple sur leurs classements ATP/WTA.

On peut se laisser abuser par la couverture et le thème sportif qui encadre le récit mais le roman n’est en rien un livre sur le tennis. C’est un roman sur la vie en couple qui puise son originalité dans le traitement du sujet. Shriver tire parti des spécificités du tennis : on joue l’un contre l’autre (ou l’un avec l’autre), un filet coupe le terrain en deux, le nombre de points ATP/WTA reflète la valeur du joueur, etc. Si on peut regretter l’évidence de la symbolique utilisée, on reste bluffé par la maitrise de l’auteure.

J’ai énormément apprécié la fluidité et la pertinence du roman mais il souffre néanmoins de la comparaison (inévitable) avec Il faut qu’on parle de Kevin (du même auteur) qui lui est supérieur en bien des points. Je n’ai pas pris la peine de vérifier les dates de premières publications des deux romans mais j’ai le sentiment que Double Faute lui est antérieur. On sent la même intelligence de plume mais l’écriture semble plus technique que vivante. Le lecteur prend un coup de poing avec Kevin mais ne fait « que » apprécier une belle plume dans Double Faute.

Un grand merci à l’opération Masse Critique de Babelio pour ce bon moment de lecture.

Critiques et infos sur Babelio.com

13 janvier 2011 at 20:20 2 commentaires

iPad – Les raisons d’en rire


Une video qui ravira les connaisseurs. A comparer avec la pub originale d’Apple. Un bijou.

20 juin 2010 at 12:37 Laisser un commentaire

La Flandre


La transcription du débat virtuel que le rédacteur en chef du Standaard a fait avec les lecteur de La Libre est un peu longue mais c’est intéressant de connaître le point de vue d’un prescripteur d’opinion en Flandre. Voici le résumé qu’en fait un participant (texto):

– De wever est sympathique et vous l’aimez bien, il va jouer un rôle historique pour la Flandre
– les Flamands ne veulent pas l’indépendance mais vont voter de Wever en masse
– Maingain est un extrémiste
– les frontières linguistiques sont inamovibles et c’est de la provocation d’en parler
– c’est normal que les 3 bourgmestres ne soient pas nommés,
-Bourgeois est « un peu bizarre » quand il soutient ceux qui boycottent les élections
– Il faut une grande réforme de l’état et le confédéralisme, c’est mieux pour tout le monde

Un autre:

Il est extrêmement révélateur que M. Vandermersch parle de la frontière linguistique comme d’une chose sacrée (« nous, néerlandophones, considérons la frontière linguistique comme une chose acquise. C’est très difficile pour nous de voir que les francophones essaient de faire bouger cette frontières et qu’ils n’acceptent pas le principe de territorialité qui est si important pour nous. ») mais qu’il oublie que les facilités ont été précisément octroyées aux francophones en échange de la fixation de la frontière linguistique, qu’elles constituaient la seconde partie de l’accord de 1962 et qu’elles devaient être permanentes et non temporaires, comme les Flamands nous le racontent maintenant.

C’est très exactement la manière dont Kennedy résumait la technique de négociation des Soviétiques : « ce qui est à nous est à nous. Ce qui est à vous est l’objet de nos discussions. »

Ou enfin:

Que l’on arrête les frais. Ils se foutent de notre gueules. Je préfère avoir 100 euro en moins que d’être méprisé comme ça.

On peut adhérer ou réprouver ces propos mais je trouve singulier qu’ils proviennent de lecteurs d’un journal francophone qui n’a jamais caché ses options belgicaines. J’y vois un profond changement dans l’opinion francophone qui n’accepte plus de courber l’échine devant la majorité flamande par peur ou par honte du passé. Je me demande sincèrement si la Flandre a conscience de ce basculement de l’opinion.

9 juin 2010 at 13:59 Laisser un commentaire

L’ombre du vent – Carlos Ruiz Zafon


Certains livres ont une vie propre et veulent absolument finir entre vos mains. Une amie enthousiaste m’avait déjà prêté le L’ombre du vent et je l’avais laissé tomber au bout d’une trentaine de page en soupirant d’agacement. Le ton, le style, le sujet me déroutaient tout en me laissant de glace. Entretemps, j’ai lu beaucoup de commentaires dithyrambiques sur ce bouquin (à l’exception de l’article en boulet de canon de Reka) et j’avais beaucoup de connaissances qui me poussaient à fléchir ma détermination de ne pas retenter l’expérience. Ce livre est ce qu’il est convenu un phénomène de librairie porté par sa réputation et le bouche-à-oreille.C’est ainsi qu’un proche qui ne lit jamais et qui a voulu me faire plaisir en m’offrant un livre soigneusement choisi en accord avec mes goûts et les conseils du vendeurs. Je ne pouvais plus me défiler.

J’ai relaté cette anecdote car la vie des livres est un des thèmes traité par L’ombre du vent. Un enfant de 11 ans (Daniel) est emmené par son père dans le cimetière des livres: un lieu -qui fleure bon la tendance pseudo gothique à la mode) où sont entreposés tous les livres disparus. Daniel en adopte un (ou le livre adopte Daniel). Daniel décidera d’enquêter sur l’auteur du livre. C’est sur ce socle fort fragile que Zafon bâtit une intrigue prévisible et passablement ennuyeuse. Seul le contexte (Barcelone après la guerre civile au coeur du franquisme) sauve le roman.

L’histoire se déroule sur plusieurs plans: celui du narrateur, celui de l’auteur du livre sur lequel il enquête et celui qui régit le destin de l’auteur du livre (vous me suivez toujours?). Ce jeu de poupées russes littéraires qui prend la forme d’une perpétuelle mise en abîme est assez déroutant mais pas trop désagréable même si la ficelle est trop grosse à mon goût. Ce qui est nettement plus pénible est le style à la fois gothique et désuet choisi du texte. La lecture est facile et on se surprend à lire des chapitres entiers sans lever la tête mais, paradoxalement, je n’avais pas envie de l’ouvrir. Ses personnages ont ce côté artificiel des feuilletons du début du 20ème siècle avec un vilain sans nuance, un faire-valoir plein de ressources et de mystères, un héros naïf et perclus de valeurs morales.

Je peux comprendre que le livre ait eu du succès car il est bien écrit et relate une histoire à tiroirs qui ferait frémir d’aise les nostalgiques de Dumas ou de Stevenson. Je comprends plus difficilement les lecteurs réguliers plus difficiles à satisfaire par nature qui encensent ce roman. Carlos Ruiz Zafon recycle des recettes éculées pour boucler un récit qui ne m’a soulagé que de quelques bâillements. On me dit que L’ombre du vent est un livre magique et poétique. Je l’ai trouvé naïf et prétentieux.

7 juin 2010 at 15:19 6 commentaires

Attendre


L’attente est la rouille de l’âme.

Carlos Ruiz Zafón dans L’ombre du vent

3 juin 2010 at 18:04 Laisser un commentaire

Les pauvres et les riches


Le moyen le plus efficace de rendre les pauvres inoffensifs est de leur apprendre à vouloir imiter les riches.

Carlos Ruiz Zafón dans L’ombre du vent

2 juin 2010 at 18:01 Laisser un commentaire

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