Posts tagged ‘contemporain’

L’ombre du vent – Carlos Ruiz Zafon


Certains livres ont une vie propre et veulent absolument finir entre vos mains. Une amie enthousiaste m’avait déjà prêté le L’ombre du vent et je l’avais laissé tomber au bout d’une trentaine de page en soupirant d’agacement. Le ton, le style, le sujet me déroutaient tout en me laissant de glace. Entretemps, j’ai lu beaucoup de commentaires dithyrambiques sur ce bouquin (à l’exception de l’article en boulet de canon de Reka) et j’avais beaucoup de connaissances qui me poussaient à fléchir ma détermination de ne pas retenter l’expérience. Ce livre est ce qu’il est convenu un phénomène de librairie porté par sa réputation et le bouche-à-oreille.C’est ainsi qu’un proche qui ne lit jamais et qui a voulu me faire plaisir en m’offrant un livre soigneusement choisi en accord avec mes goûts et les conseils du vendeurs. Je ne pouvais plus me défiler.

J’ai relaté cette anecdote car la vie des livres est un des thèmes traité par L’ombre du vent. Un enfant de 11 ans (Daniel) est emmené par son père dans le cimetière des livres: un lieu -qui fleure bon la tendance pseudo gothique à la mode) où sont entreposés tous les livres disparus. Daniel en adopte un (ou le livre adopte Daniel). Daniel décidera d’enquêter sur l’auteur du livre. C’est sur ce socle fort fragile que Zafon bâtit une intrigue prévisible et passablement ennuyeuse. Seul le contexte (Barcelone après la guerre civile au coeur du franquisme) sauve le roman.

L’histoire se déroule sur plusieurs plans: celui du narrateur, celui de l’auteur du livre sur lequel il enquête et celui qui régit le destin de l’auteur du livre (vous me suivez toujours?). Ce jeu de poupées russes littéraires qui prend la forme d’une perpétuelle mise en abîme est assez déroutant mais pas trop désagréable même si la ficelle est trop grosse à mon goût. Ce qui est nettement plus pénible est le style à la fois gothique et désuet choisi du texte. La lecture est facile et on se surprend à lire des chapitres entiers sans lever la tête mais, paradoxalement, je n’avais pas envie de l’ouvrir. Ses personnages ont ce côté artificiel des feuilletons du début du 20ème siècle avec un vilain sans nuance, un faire-valoir plein de ressources et de mystères, un héros naïf et perclus de valeurs morales.

Je peux comprendre que le livre ait eu du succès car il est bien écrit et relate une histoire à tiroirs qui ferait frémir d’aise les nostalgiques de Dumas ou de Stevenson. Je comprends plus difficilement les lecteurs réguliers plus difficiles à satisfaire par nature qui encensent ce roman. Carlos Ruiz Zafon recycle des recettes éculées pour boucler un récit qui ne m’a soulagé que de quelques bâillements. On me dit que L’ombre du vent est un livre magique et poétique. Je l’ai trouvé naïf et prétentieux.

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7 juin 2010 at 15:19 6 commentaires

L’insoutenable légèreté de l’être – Kundera


Lorsqu’elle me l’a offert, mon amie m’a dit ‘tu verras bien’. C’est vrai que mes humanités m’ont rendu réfractaire à tout ce qui est reconnu comme « classique » de la littérature. Je raconte souvent que je n’aurais probablement plus jamais ouvert un livre si je n’en avais pas pris l’habitude (et éprouvé du plaisir) avant d’être obligé de lire Thérèse Desqueyroux. Ce n’est qu’un exemple mais, je persiste à trouver criminel de faire lire un bouquin aussi ennuyeux à des gamins de 16 ans. Je pensais qu’une des missions de l’école était de donner le goût de lire. D’après ce que je peux constater, la mission a échoué.

Ce livre a été élevé au rang de classique quasiment dès sa sortie. A mon avis, ce prestige doit autant au statut de l’auteur – un intellectuel persécuté dans un pays situé du mauvais côté du rideau de fer (le livre est sorti en 1982) – qu’à de la qualité du texte. Autant l’écrire tout de suite, je n’ai pas aimé. Kundera crée ses personnages pour leur faire emprunter les chemins qu’il n’a pas pu ou su prendre dans sa vie (un des thèmes du roman est une réflexion sur l’implication de ses choix conscients et le poids du hasard dans notre existence) plutôt que pour leur donner de la chair. Ils ne sont qu’un prétexte pour articuler les réflexions de l’auteur autour de leurs vies artificielles. J’ai trouvé pénible cette manière qu’a le narrateur de jeter à la figure du lecteur sa faconde et ses sophismes.

Assez étrangement, c’est très facile à lire. Si le style est pompeux (et parfois pompant), le texte reste aéré car aucun chapitre ne fait plus de quelques pages. Le lecteur n’a pas le temps d’être assommé par les pontifications de Kundera.

Cela dit, tout n’est pas à jeter. Les conditions de vie dans la Tchécoslovaquie d’après le printemps de Prague sont intéressantes. Le problème est que j’ai eu l’impression de lire un livre de salon parisien écrit par un intellectuel maudit. Une quasi-caricature. Peut-être aurais-je été moins virulent si Kundera avait écrit un essai philosophique au lieu d’un roman.

1 juin 2010 at 14:02 3 commentaires

La ballade de l’impossible – Haruki Murakami


Ce n’est que le deuxième livre de Murakami que je lis (après le fabuleux Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil ) mais ses autres bouquins se trouvent désormais sur ma liste virtuelle de mes prochaines lectures.

Watanabé est un étudiant un tantinet asocial qui tombe amoureux de l’ex de son ami qui s’est suicidé un an avant de rentrer à l’université. Ca n’a pas l’air passionnant comme ça et cela ne l’est pas. La force de l’écriture de Murakami réside plus dans le plaisir de la lecture que dans la quête de ses personnages. Le voyage est plus important que la destination.

Je n’ai pas la prétention d’expliquer l’oeuvre de Murakami. Comme dans Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil, le personnage principal (le roman est écrit à la première personne) semble se débattre dans une bulle de verre. La vie se déroule sur un écran qu’il peut toucher mais qui n’a aucun relief. La distance exprimée par Watanabé envers le monde qui l’entoure (le Japon de la fin des années 60, ses amours, les livres, la politique, …) rend paradoxalement plus facile au lecteur la tâche de comprendre l’étrange torpeur qui percole à travers tout le roman.

Murakami réussit le tour de force d’écrire un roman à la fois accessible et profond. Son style est fluide et ses personnages sont attachants malgré la distance qu’ils entretiennent avec la réalité.

Une lecture agréable et apaisante.

28 mai 2010 at 11:07 Laisser un commentaire

Le dernier voyage d’Horatio II – Eduardo Mendoza


Horatio II est le commandant d’un vaisseau spatial où tout va de travers. Il ne sait pas trop combien de temps durera le voyage car il n’en connaît pas la destination. Le ravitaillement est un problème vu que personne ne le gère. Le premier et second officiers sont juste un poil plus incompétents que le commandant.

J’ai eu par moment l’impression de lire un bouquin de management qui raisonnerait par l’absurde. L’équipage comporte des « Vieillards Imprévoyants », des délinquants et des « Femmes Dévoyées » . Tous sont cantonnés dans leurs quartiers tant qu’ils suivent les consignes. Comme personne ne songe à respecter quoi que ce soit …

C’est souvent drôle mais trop répétitif à mon goût. Le vaisseau évolue d’une station spatiale à l’autre au fil de péripéties qui se ressemblent e. Je me suis vite lassé bien qu’il s’agisse d’un roman fort court.

17 mai 2010 at 10:44 1 commentaire

Dolce agonia – Nancy Huston


J’ai des amis formidables. Beaucoup d’entre eux m’ont offert des livres pour mon récent anniversaire. J’ai toujours trouvé que c’était un cadeau intime et un peu casse-gueule. On n’offre pas un simple tas de papier, mais on partage un texte qu’on a apprécié. Voire aimé. On peut aussi en offrir un qu’on n’a pas lu mais dont on pense qu’il plaira. On transmet ainsi le une image qu’on a de celui à qui on fait le cadeau. évidemment, c’est aussi extrêmement difficile à offrir si vous ou votre ami ne lisez pas.

Bref.

Une amie m’a donc offert Dolce Agonia qui lui avait été conseillé par une amie. Si on y pense, c’est drôle de se rendre compte que je n’aurait probablement jamais lu ce livre si tout un réseau de connaissances ne m’avait précédé dans sa lecture.

Le roman dont le thème porte sur l’amitié une variation littéraire de ces films de dîner qui pullulent sur les écrans Français (Le code a changé, Cuisine et dépendances, …). Je n’ai jamais particulièrement aimé ces histoires de bourgeois qui croisent le fer d’un mot assassin autour d’un repas et où se nouent et se révèlent les intrigues amoureuses et souvent clandestines. Pourtant, ce qui m’irritait dans ces films est probablement ce qui m’a tant plu ici. Nancy Huston pousse très loin le don d’ubiquité et d’omniscience du narrateur en faisant prendre la plume à Dieu lui-même. C’est ainsi qu’Il nous dévoile les secrets de chacun, leurs peurs enfouies ainsi que leurs histoires publiques et les autres inavouables. Avec une pointe de cruauté, Il nous précise également où et comment chacun des participants de ce dîner de Thanksgiving vont mourir. Enfin, Il décrit avec brio les pensées qui s’enroulent autour des personnages au gré de conversations d’apparence anodine. Les pensées évoluent comme un ruisseau dont le lit évoluerait au fil des personnages.

Peut-être est-ce une forme de voyeurisme mais j’ai  dévoré le livre avec beaucoup de gourmandise. J’ai éprouvé un peu de tristesse à connaître la fin de personnages auxquels je m’étais attaché malgré (ou à cause) de leurs failles parfois révulsantes.

Un très bon moment.

14 mai 2010 at 16:09 Laisser un commentaire

Sukkwan Island – David Vann


Un dentiste convainc son fils de 13 ans de passer un an avec lui dans une cabane perdue au fin fond de l’Alaska.  Sur cette trame légère, David Vann construit une intrigue solide et étouffante dans un décors sauvage qui souligne la solitude des personnages.
Ce livre plongera dans un abîme de perplexité tout lecteur souffrant de troubles obsessionnels du comportement qui le pousse à classer ses livres exclusivement par catégories. Sukkwan Island navigue avec beaucoup de bonheur entre les genres. C’est à la fois une réflexion sur la complexité des relations père-fils, un huis-clos et un thriller. En effet, la construction du roman pivote autour d’un moment clef qui prend le lecteur à contrepied surprendra tout amateur de sensations fortes. L’auteur installe également une atmosphère pesante qui tiendra en haleine les lecteurs les plus exigeants.
Une anecdote: je lisais avec avidité lorsqu’une phrase me frappa tellement que je cru avoir mal lu. J’ai relu le paragraphe pour m’assurer que j’avais bien lu. Ce coup de théâtre est un vrai coup de maître. Une seule phrase d’à peine quelques mots retourne complètement le sens du roman sans bouleverser la cohérence du récit. J’ai rencontré le procédé de temps à autre au cinéma mais jamais avec un tel bonheur dans un livre.

Le style nerveux de David Vann contribue au plaisir de la lecture. Les dialogues ne se distinguent jamais du reste du texte comme l’usage le prescrit: aucun tiret, aucun guillemet, pas d’italique. Juste le texte dans sa nudité brutale. Si le procédé m’a effrayé dans les premières pages, il s’avère très efficace pour pénétrer la profondeur des deux protagonistes.On ne peut s’empêcher de penser à Into the wild de Jon Krakauer (que je n’ai pas lu mais dont j’ai adoré l’adaption de Sean Penn au cinéma) et à La route de Cormac McCarthy(dont j’ai vainement tenté à deux reprises de passer le cap des 40 pages) auxquel Sukkwan Island fait immanquablement écho. Toutefois, la tension et la folie qui percolent à chaque page rendent ce roman plus saisissant.

Une belle idée de cadeau. Je regrette le peu de couverture médiatique qu’il suscite.

20 avril 2010 at 14:18 Laisser un commentaire

Black Album – Hanif Kureishi


Black Album a été publié en 1997. C’est, d’après, moi le principal attrait d’un livre qui traite entre autre du radicalisme islamique. Kureishi nous décrit les péripéties d’un jeune anglais d’origine pakistanaise féru de littérature et de Prince. Shahid est en permanence tiraillé par les différentes composantes de son identité: la culture, son âge, l’explosion de sa sexualité, son pays, ses parents immigrés, et surtout … son rapport à la spiritualité. Son désir de s’intégrer à la vie estudiantine le mène à fréquenter des étudiants très religieux emmenés par un ascète charismatique au discours radical.

L’auteur a réussi un tour de force a posteriori en décrivant les mécanismes du communautarisme et du radicalisme musulman. Comme beaucoup, j’ai découvert l’ampleur du phénomène le 11 septembre 2001. A cette époque, je croyais que les extrémistes religieux vivaient très loin de nous dans des régions où la pauvreté et le manque d’éducation servait de terreau à une foi intransigeante. En utilisant un jeune immigré comme personnage atypique, Kureishi donne de l’épaisseur à un phénomène que je ne connaissais que par les articles de journaux.

Cela écrit, je conserve une opinion mitigée sur le roman lui-même. Il est conçu comme un longue fable plombée par une symbolique trop évidente pour être efficace. En outre, comme dans tous les contes, la vraisemblance est délaissée au profit de situations explicites et bancales. On a l’impression que l’auteur a écrit 600 pages pour n’en garder que 400 et je me suis surpris plusieurs fois à revenir quelques pages en arrière pour comprendre comment le personnage en était arrivé là. L’accumulation de ces ellipses et l’artificialité de ce conte moderne n’aide pas le lecteur à s’attacher aux personnages. En effet, qui a jamais réellement frémi pour le Chaperon Rouge ou pour Blanche Neige?.

En ce qui concerne la thématique, j’avais été nettement plus séduit par Terroriste de John Updike qui décrivait également les mécanismes et les racines de l’extrémisme religieux. Toutefois, Updike avait clairement choisi le mode journalistique pour appuyer son propos. Kureishi commet le péché d’orgueil en voulant en faire de trop et affaiblit de fait son propos.

2 avril 2010 at 13:37 Laisser un commentaire

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