Posts tagged ‘Livres’

La ballade de l’impossible – Haruki Murakami


Ce n’est que le deuxième livre de Murakami que je lis (après le fabuleux Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil ) mais ses autres bouquins se trouvent désormais sur ma liste virtuelle de mes prochaines lectures.

Watanabé est un étudiant un tantinet asocial qui tombe amoureux de l’ex de son ami qui s’est suicidé un an avant de rentrer à l’université. Ca n’a pas l’air passionnant comme ça et cela ne l’est pas. La force de l’écriture de Murakami réside plus dans le plaisir de la lecture que dans la quête de ses personnages. Le voyage est plus important que la destination.

Je n’ai pas la prétention d’expliquer l’oeuvre de Murakami. Comme dans Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil, le personnage principal (le roman est écrit à la première personne) semble se débattre dans une bulle de verre. La vie se déroule sur un écran qu’il peut toucher mais qui n’a aucun relief. La distance exprimée par Watanabé envers le monde qui l’entoure (le Japon de la fin des années 60, ses amours, les livres, la politique, …) rend paradoxalement plus facile au lecteur la tâche de comprendre l’étrange torpeur qui percole à travers tout le roman.

Murakami réussit le tour de force d’écrire un roman à la fois accessible et profond. Son style est fluide et ses personnages sont attachants malgré la distance qu’ils entretiennent avec la réalité.

Une lecture agréable et apaisante.

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28 mai 2010 at 11:07 Laisser un commentaire

Black Album – Hanif Kureishi


Black Album a été publié en 1997. C’est, d’après, moi le principal attrait d’un livre qui traite entre autre du radicalisme islamique. Kureishi nous décrit les péripéties d’un jeune anglais d’origine pakistanaise féru de littérature et de Prince. Shahid est en permanence tiraillé par les différentes composantes de son identité: la culture, son âge, l’explosion de sa sexualité, son pays, ses parents immigrés, et surtout … son rapport à la spiritualité. Son désir de s’intégrer à la vie estudiantine le mène à fréquenter des étudiants très religieux emmenés par un ascète charismatique au discours radical.

L’auteur a réussi un tour de force a posteriori en décrivant les mécanismes du communautarisme et du radicalisme musulman. Comme beaucoup, j’ai découvert l’ampleur du phénomène le 11 septembre 2001. A cette époque, je croyais que les extrémistes religieux vivaient très loin de nous dans des régions où la pauvreté et le manque d’éducation servait de terreau à une foi intransigeante. En utilisant un jeune immigré comme personnage atypique, Kureishi donne de l’épaisseur à un phénomène que je ne connaissais que par les articles de journaux.

Cela écrit, je conserve une opinion mitigée sur le roman lui-même. Il est conçu comme un longue fable plombée par une symbolique trop évidente pour être efficace. En outre, comme dans tous les contes, la vraisemblance est délaissée au profit de situations explicites et bancales. On a l’impression que l’auteur a écrit 600 pages pour n’en garder que 400 et je me suis surpris plusieurs fois à revenir quelques pages en arrière pour comprendre comment le personnage en était arrivé là. L’accumulation de ces ellipses et l’artificialité de ce conte moderne n’aide pas le lecteur à s’attacher aux personnages. En effet, qui a jamais réellement frémi pour le Chaperon Rouge ou pour Blanche Neige?.

En ce qui concerne la thématique, j’avais été nettement plus séduit par Terroriste de John Updike qui décrivait également les mécanismes et les racines de l’extrémisme religieux. Toutefois, Updike avait clairement choisi le mode journalistique pour appuyer son propos. Kureishi commet le péché d’orgueil en voulant en faire de trop et affaiblit de fait son propos.

2 avril 2010 at 13:37 Laisser un commentaire

Les Hauts de Hurle-vent – Emily Brontë


Les Hauts de hurle-ventVoilà un bouquin très singulier. Etonnant à plus d’un titre. Unique roman écrit vers 1840 d’une jeune anglaise vivant loin de tout, il tranche avec son époque et l’idée qu’on peut se faire de l’imaginaire d’une jeune fille esseulée du milieu du XIXème siècle.

L’histoire, principalement relatée  par une servante retorse et manipulatrice, retrace trois générations de deux familles voisines perdues dans une campagne désolée. Le patriarche des Hauts de Hurle-Vent (c’est le nom d’une des maisons) ramène un jour Heathcliff (un enfant « basané, presque gitan » précise Brontë cela devait être le summum de l’exotisme à cette époque) qu’il traite comme un fils au grand désarroi de son fils biologique qui vit très mal la complicité de son père avec l’intrus. Il tourmentera  Heathcliff au point que ce dernier fuira la maison dès la mort de son bienfaiteur. La fille du patriarche et Heathcliff nourriront entretemps une passion (tout est très platonique chez la jeune Brontë) catalysera la vengeance de Heathcliff.

A priori, il ne s’agirait que d’une déclinaison du thème de la vengeance de Monte-Cristo incarnée par un méchant littéraire qui fait passer les Ténardier pour d’innocents taverniers un peu rustres. Ce qui frappe réellement, c’est l’ambiance macabre et noire qui suinte de chaque page. Ce qui frappe, c’est la violence des propos et des actes (le roman en a choqué plus d’un lors de sa sortie). Ce qui frappe, c’est que le sadisme et le masochisme lient les personnages du roman plus que l’intrigue ou les valeurs familiales. On a envie de crier aux victimes de se révolter, de quitter cette ambiance poisseuse jusqu’à ce qu’on se rende compte qu’aucune victime n’a rien à envier à son tortionnaire.

Le lieu – la lande – mets en perspective l’isolement des deux familles et balaie toute intervention extérieure. Toute l’intrigue se déroule entre deux maisons espacées de quelques miles. Ce choix renforce les tensions qui traversent les personnages et le lecteur peut se concentrer sur les drames qui se nouent sans se pas à se préoccuper d’influences extérieures.

Les personnages, de Heathcliff jusqu’aux humbles servantes sont tour à tour sadiques, lâches, manipulateurs, fragiles et masochistes. Brontë a son idée bien à elle sur la sélection naturelle. Si le roman a été écrit avant L’origine des espèces de Darwin, nul doute que les thèses évolutionnistes l’ont influencées. Seuls les forts survivent.

Si le style n’évite pas les excès stylistiques propres à l’époque (phrases ampoulées, longueurs, …), le ton et le sujet sont résolument fort modernes. LA volonté d’Emily Brontë d’éviter toute collision avec le monde extérieur rend le roman intemporel. La violence des personnages, même si elle est moins graphique que  certains thrillers contemporains, semble presque anachronique dans  une littérature plombée par les excès de sens de l’honneur, de bravoure et de naïveté.

Une dernière remarque. Lorsque j’ai reçu le livre, il était barré d’un bandeau clamant qu’il s’agissait du livre  préféré de Bella. L’image  qui illustrait cette accroche marketing faisait référence à Twilight qui garnit les bibliothèques des jeunes filles en quête de romantisme. Je n’ai jamais lu  et ne lirai probablement jamais de bluette ayant pour protagonistes une lycéenne amoureuse d’un vampire écrite par une mormone mais nul doute que le public cible de Twilight risque de se trouver fort perplexe en lisant les aventures de Heathcliff.

29 mars 2010 at 09:35 1 commentaire

L’engrenage – John Grisham


Je ne vais pas m’étendre sur l’intrigue du roman (plus faible que d’habitude) ou sur l’écriture de Grisham. Je lis un bouquin de Grisham comme je consomme un sandwiche. On sait à quoi s’attendre. Ca coupe la faim mais à quelques exceptions près, ce n’est ni une expérience mémorable ni désagréable. Après avoir le formidable Il faut qu’on parle de Kevin, j’avais besoin de changer complètement d’univers. C’est pourquoi Anansi boys est venu bien à point et c’est aussi la raison pour laquelle j’ai entamé L’engrenage.

Disons juste qu’il est dans la moyenne de l’auteur. Meilleurs que certains, en deça d’autres et fortement inférieur à ses oeuvres les plus atypiques (je vous recommande La dernière récolte).

Malgré l’ombre du roman de Shriver qui planait encore sur les pages du roman, je me suis rendu compte d’une incongruité dont l’évidence m’a surprise. Grisham est un gauchiste. Si. Si. Du moins du point de vue américain. S’il est vrai que des forêts ont été abattues pour qu’il noircisse du papier en narrant le heures de boulot d’avocats se disputant pour empocher les dizaines de millions de dollars d’honoraires, le thème sur lequel repose chaque histoire écrite par Grisham  pourrait être facilement taxé d’anti-américanisme par un républicain bien pensant. Ici, il décrit avec légèreté comment la CIA achète l’élection présidentielle aux USA et tremble devant le scandale d’une homosexulatité révélée pourrait détruire les espoirs des comploteurs. Sa description du système électoral est féroce. Surtout lorsqu’il parle d’argent. Dans ses autres romans, tout en gardant le ton du thriller, il fustige la peine de mort, la presse, le peu de considération pour les indigents, la politique, le consumérisme lié à la période de Noël, la cupidité des avocats, le système judiciaire, les lobbyistes de l’industrie du tabac,…

Les seuls thèmes un peu positifs sont toujours teintés de mélancolie avec un regard appuyé vers une vie simple et dépouillée. Vraiment étrange pour une des plumes les plus lues au monde et singulièrement aux USA.

8 janvier 2010 at 14:59 Laisser un commentaire

Il faut qu’on parle de Kevin – Lionel Shriver


Ne vous fiez pas à la tristesse de la couverture

A l’entame de ce billet, je me rend compte que je manque de vocabulaire pour qualifier ce bouquin. Excellent? Pas seulement. Dur? Difficile? Dérangeant? Palpitant? Je pense que mon choix va se porter sur l’ambivalent « terrible ».

On connait d’emblée la fin de l’histoire. Eva écrit à son mari dont elle est séparée pour lui faire part de ses état d’âme depuis que leur fils de 16 ans a tué 10 de ses condisciples à l’école. Le choix de la correspondance à sens unique (seule Eva y participe) développe une dimension excessivement intime à ses propos.  cela accentue l’horreur de ses révélations mais cela permet également de briser nombre de tabous en décrivant le désarroi d’une mère confrontée à un enfant qu’elle pressent foncièrement malfaisant dès sa naissance. On ne peut réduire ce livre à une complainte d’une maman terrifiée par sa progéniture ni au cheminement d’un gamin mauvais. Shriver décrit par ailleurs fort bien une société américaine en décalage avec le reste du monde. Un pays en perte de repères dont sa jeunesse peine à briser le rideau de superficialité pour donner un sens à  son avenir.

Je dois dire que, bien qu’emballé par l’écriture de Shriver dès les premières lignes, j’éprouvais un malaise presque physique à lire les lettre d’Eva. Principalement dans la première partie du bouquin où je n’avais pas encore pris toute la mesure du drame vécu par les parents de Kevin. Chaque lettre d’Eva était une épreuve que j’avais peur d’entamer mais dont je ne pouvais me soustraire. Les malheurs d’Eva me revenaient sans cesse dans mon quotidien. On ne peut s’empêcher de s’identifier à elle et de se demander ce qu’on aurait fait à sa place. Dans ma jeunesse, je dévorais les livres de Stephen King, Peter Straub ou Dean Koontz. J’en aimais le style délié et leur approche du mal que je jugeais moins caricaturale que les « mauvais » qui hantaient les films d’action de l’époque (ça doit encore être le cas). Ici, Shriver donne une vraie dimension littéraire au mal. Kevin est un damné qui ne croit en rien, n’espère rien, ne veut rien. Il incarne le mal. Mais ce n’est pourtant pas de là que provient le malaise. Le pire est dans la solitude de sa mère (dont nous partageons l’intimité) qui est la seule a deviner la profondeur malfaisante de son fils. Ce n’est pas un livre d’horreur, c’est une histoire horrible. C’est superbement écrit (Shriver entre dans mon panthéon personnel) et c’est un roman auquel il est difficile de rester indifférent.

Ne vous laissez pas rebuter par la noirceur de mes propos. « Il faut qu’on parle de Kevin » est un livre essentiel qui donne un éclairage nouveau sur le fait d’être parent, sur la société moderne et sur le déni culturel envers le mal inné.

Voici, pour quelques euros, la preuve qu’un livre est plus qu’un divertissement. Voici le genre de bouquin qui donne un sens à ce blog que j’ai entamé pour partager mes coups de coeurs et mes coups de gueule. Voici une évidence. Une vraie baffe que je recommande à tous ceux qui n’attendent pas famille (ça pourrait plomber l’ambiance ;-))

22 décembre 2009 at 12:08 5 commentaires

La souris bleue – Kate Atkinson


Une belle surprise. Je m’attendais à un roman assez contemplatif. Un peu larmoyant pour tout dire. Je n’arrive plus à me rappeler d’où me venait cet a priori mais ce qui est certain, c’est que je n’ai acheté La souris bleue que sur la recommandation du système de suggestion d’Amazon. Il y a quelque chose de vaguement inquiétant dans le fait d’apprécier un livre qui vous a été recommandé par un robot.

Bref.

Le roman traite de plusieurs disparitions dont certaines remontent à plusieurs dizaines d’années sur lesquelles un détective privé (évidement) désabusé amateur de musique country chargé d’enquêter. Sur une trame narrative de forme fort classique, Kate Atkinson construit un roman qui n’a absolument rien d’un polar. Elle suit une ligne du temps complètement désarticulée qui gagne en chaos au fur et à mesure que l’intrigue se développe. Avec sensibilité, l’auteure prend soin de s’éclipser derrière ses personnages qui se révèlent légèrement azimutés mais attachants. Le mélange des genres permet une fluidité au récit qui aurait été difficile à créer sur des thèmes aussi difficiles que la disparition, le deuil, l’amour familial et la difficulté de voir ses enfants grandir.

Le style d’Atkinson est très clair et, si les ellipses dont elle use sont parfois déstabilisantes, elles rendent plus nerveux le rythme du roman. Le fait d’utiliser comme personnage pivot de son roman un détective privé dont les enquêtes se révèlent secondaires chahute agréablement les repères du lecteur. Le regard aiguisé qu’elle porte sur notre société navigue entre l’incompréhension et une légère mélancolie.

Je n’avais jamais entendu parler d’Atkinson auparavant mais je compte bien creuser le reste de son œuvre pour garnir ma bibliothèque.

13 octobre 2009 at 08:49 1 commentaire

La maison du bout du monde – Michael Cunningham


C’est drôle comme un livre peut vous enchanter; son style vous émerveiller; son histoire vous surprendre. Lorsque j’ai la chance de tomber sur une pépite ou juste un très bon roman, je suis impatient de partager ma découverte avec mes lecteurs. Lorsque j’ai détesté, je me défoule en espérant que ma hargne en détournera l’un ou l’autre qui  mettra à profit le temps gagné pour lire un textes plus excitant.

Pas celui-ci. Une ombre est passée au dessus de mon enthousiasme.  Il paraît que La maison du bout du monde a fait un tabac dans tous les pays où il fût traduit. Tant mieux pour l’auteur. Je suis sincèrement heureux pour lui. On sent qu’il le mérite. On éprouve le labeur qu’il a mis dans son ouvrage. Michael Cunningham est probablement un type qui était premier de classe. Un gars qui bossait bien tard pour remettre la copie la plus aboutie. Un bosseur. Pas un génie.

Tout est très bien dans ce livre. C’est très bien écrit. Il y a une belle réflexion sur la nostalgie et la difficulté de communiquer dans une famille. Un beau point de vue aussi sur le fait que quelque soit son mode de vie, on aspire à une certaine forme de banalité. C’est aussi un livre sans relief, sans âme véritable. Sans étincelle.

C’est un roman choral où chaque chapitre est écrit du point de vue subjectif de l’un ou l’autre des personnages principaux de l’intrigue. Il y a la mère de famille névrosée, délaissée et froide. Il y a son fils, ténébreux et légèrement misanthrope. Il y a son ami, qui comme lui, est issu d’une ambiance familiale glauque et pesante. Au fur et à mesure, des trips musicaux et de drogues, au fil des expériences sexuelles qui dépassent le touche-pipi (les gamins se sont connus à 11 ans), des liens ambigus se tissent et se défont lorsque l’un deux part vivre à New York.

J’arrête ici la litanie des étapes qui mènent les deux amis de déboires sexuels, familiaux et sociaux à une aspiration de vie rangée. C’est comme si l’auteur pensait pouvoir combler son manque d’inspiration par la marginalité mal acceptée de ses personnages. Je me suis surpris à plusieurs reprises à revenir lire le titre du chapitre qui annonçait le nom du personnage qui s’exprimerait dans le passage qui suivait. Pour être sûr de bien suivre. J’en avais besoin car le ton, les expressions, la verve et les réflexions étaient étrangement monotone. Que ce soit la mère délaissée, le jeune homo bobo, la femme excentrique qui se voit vieillir, … tous s’expriment et pensent de la même manière. C’est lassant. Bien écrit mais lassant.

Il m’a fallu une bonne semaine pour venir à bout de ce bouquin. Il n’était pas mauvais mais la chimie n’a jamais pris. Il m’a juste paru terne et laborieux.

2 octobre 2009 at 22:03 3 commentaires

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